Sans information, pas de réconciliation

Le Kosovo élit ses députés sous l'oeil de la communauté internationale

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Le Kosovo a voté dimanche pour désigner ses députés dans un contexte de crise sociale exacerbée et sous la pression de la communauté internationale qui exige un règlement du conflit avec la Serbie, un des principaux foyers d'instabilité en Europe.

Au total, 1,9 million d'électeurs, dont une grande partie vivant à l'étranger, étaient appelés à voter jusqu'à 19H00 locales (17H00 GMT).

Les principaux partis n'avaient donné aucun résultat en début de soirée. De premières estimations d'une association d'observateurs et de la chaîne locale Klan Kosova faisaient état d'une probable victoire de l'opposition sur les partis dirigés par les anciens chefs de la guérilla.

Epuisés par la corruption et un chômage qui touche un quart de sa population, les Kosovars pourraient donc envoyer dans l'opposition ces ex-guérilleros.

Après avoir mené la lutte contre les forces serbes (1998-99, 13.000 morts), ces derniers dirigent le Kosovo depuis la proclamation d'indépendance de 2008, reconnue par plus de 100 pays dont les principales capitales occidentales, mais toujours fermement rejetée par la Russie, la Chine et la Serbie, qui revendique toujours la tutelle de son ancienne province majoritairement peuplée d'Albanais.

Le scrutin a été provoqué par la démission en juillet du Premier ministre Ramush Haradinaj, convoqué par le tribunal spécial sur les allégations de crimes de guerre commis par l'Armée de Libération du Kosovo (UCK) durant ce conflit ayant parachevé la désintégration de la Yougoslavie.

- 'Raison de se réjouir' -

Ramush Haradinaj est candidat à sa succession mais cette fois il ne s'est pas allié au parti du président Hashim Thaçi (PDK). Cette division des "partis de la guerre" pourrait profiter à leur opposition.

Les chefs de file du centre droit (LDK) et de la gauche (Vetevendosje), Vjosa Osmani et Albin Kurti, ont fait campagne sur l'économie, des services publics désastreux, la corruption et le népotisme endémiques.

"Je crois vraiment (...) que le Kosovo va avoir une raison de se réjouir", a commenté dimanche Vjosa Osmani qui à 37 ans peut devenir la première femme à diriger cette société patriarcale. Albin Kurti parie sur l'avènement "d'un nouveau gouvernement qui sortira le pays de la crise".

De nombreux sujets séparent la jeune juriste du charismatique leader étudiant converti à la social-démocratie. Mais leur hostilité commune aux "commandants" et la soif de changement des jeunes, qui représentent plus de la moitié des 1,8 million d'habitants, pourraient leur suffire pour former une coalition, estiment les observateurs.

- La lassitude en partage -

Avant même le scrutin, Américains et Européens ont livré leur feuille de route aux futurs dirigeants: "reprendre de manière urgente les discussions avec la Serbie". Elles sont au point mort depuis des mois et Belgrade refuse de les reprendre tant que sont en vigueur les droits de douane de 100% imposés à ses produits par Ramush Haradinaj.

Albanais et Serbes du Kosovo se retrouvent sur la lassitude. "J'en ai ras-le-bol de cette histoire de dialogue", lâche Salih Mehana, commerçant de Pristina de 39 ans. "Cela devient drôle. Ils se parlent depuis des années (...) mais pour nous, la situation est de pire en pire", dit un juriste de 30 ans de la partie serbe de Mitrovica qui ne donne pas son nom, comme beaucoup dans cette ville divisée et sous tension.

Pourtant, cette question "sera déterminante" car "la communauté internationale ne donnera pas son aval à un gouvernement qui n'en ferait pas une priorité", dit le professeur de Sciences politiques Nexhmedin Spahiu.

A l'exception de Ramush Haradinaj, les principaux candidats semblent prêts à renoncer à cette barrière douanière pour reprendre le dialogue.

Un des sujets les plus sensibles sera l'organisation institutionnelle des secteurs où vivent les quelque 120.000 Serbes du Kosovo qui désignent dix députés.

Pristina leur a imposé pour la première fois la présentation de documents kosovars, ce qui a entraîné quelques tensions mais pas d'incidents graves.

Le président de Serbie Aleksandar Vucic a appelé à voter Srpska Lista, force politique dominante chez les Serbes du Kosovo et émanation de son parti.

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