Sans information, pas de réconciliation

16.10.14 - RWANDA/JUSTICE - UNE SEMAINE DE HAUTS ET DE BAS POUR LE PREMIER ACCUSÉ RENVOYÉ AU RWANDA PAR UN PAYS EUROPÉEN

Kigali, 16 octobre 2014 (FH)- Charles Bandora, premier accusé de génocide renvoyé devant la justice rwandaise par un pays européen, s’est frotté les mains à la reprise de son procès lundi devant la Haute cour à Kigali : un témoin cité par l’accusation a plutôt témoigné pour la défense. Mais, deux jours plus tard, Bandora devait faire face à une accablante déposition.

2 min 16Temps de lecture approximatif

Bandora, qui a été remis à la justice rwandaise par les autorités norvégiennes le 10 mars 2013, est notamment poursuivi pour génocide et extermination.Le témoin entendu au premier jour de la semaine, Emmanuel Baziga, travaillait pour l’accusé. Il était son « kigingi », c’est-à-dire une sorte d’assistant du chauffeur qui conduisait régulièrement la camionnette de Bandora. Ce dernier était alors un homme d’affaires relativement prospère à Ruhuha, dans la région du Bugesera, à l’est de Kigali. Baziga avait notamment pour responsabilités de superviser le chargement et le déchargement de la camionnette.Cité par le procureur, le témoin aujourd’hui emprisonné pour son rôle dans le génocide des Tutsis, fait un brusque revirement et accuse, à son tour. « Le procureur m’a souvent demandé de porter des accusations mensongères contre Bandora », affirme haut et fort le témoin Baziga, vêtu comme son ancien patron aujourd’hui sur le banc des accusés, de l’habit rose des prisonniers rwandais.Le représentant du procureur, qui n’en croit pas ses oreilles, rejette ces accusations et met le témoin au défi d’en apporter la moindre preuve.L’une des allégations portées contre Charles Bandora est qu’il aurait présidé, à son domicile, des réunions de planification des massacres de Tutsis de Ruhuha. « Faux », affirme Baziga, contredisant ainsi ses déclarations antérieures aux enquêteurs du bureau du procureur. Il soutient que les personnes qu’il a vues chez Bandora en avril 1994 ne participaient pas à une quelconque réunion mais étaient venues piller les biens de l’homme d’affaires.Après une journée de pause, les débats ont repris mercredi, avec l’audition d’un autre condamné pour génocide. « L’ordre de commencer les massacres, c’est Charles Bandora qui nous l’a donné, en compagnie du lieutenant Bizimungu », affirme, sans ambages, Jean - Marie -Vianney Matabaro, sixième témoin de l’accusation. Le condamné affirme se rappeler que dans la matinée du 7 avril 1994, le lendemain de l’assassinat du président Juvénal Habyarimana, Bandora avait distribué des machettes à un groupe de miliciens qui s’étaient rassemblés dans son bar. Il leur a ensuite donné l’ordre, selon le témoin, de rechercher un inspecteur de police judiciaire nommé Callixte Kayiranga. Ce dernier a été tué à coups de machette par la suite, selon le témoinPire encore, accuse le repenti, Bandora lui a demandé une liste de personnes à tuer, c’est-à-dire la liste des Tutsis de son voisinage. « Je lui ai dicté les noms», avoue-t-il, qualifiant l’accusé de « président ». Selon le procureur, Bandora faisait partie des plus hauts responsables locaux du parti présidentiel, le Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND). Ce qu'il a nié à l’ouverture des auditions le 22 septembre dernier.  « J'avais été relevé des responsabilités de vice-président du MRND parce que je n'étais pas instruit et un homme non instruit ne pouvait pas donner d'instructions au bourgmestre (maire), à l'armée et à la police », a protesté l'accusé.Le procès se poursuivait jeudi.SRE-ER

Partager
Abonnez-vous à la newsletter