Sans information, pas de réconciliation

Le Mali attend le verdict d’un scrutin clé pour l’avenir de son processus de paix

©@MINUSMAUn électeur dans un bureau de vote à Bamako le 29 juillet 2018
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L’accord de paix signé en 2015 par le gouvernement malien et des mouvements armés, parmi lesquels les groupes indépendantistes de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) a été au centre de la campagne électorale pour la présidentielle qui s’est tenue le 29 juillet. L’accord prévoit des mécanismes de justice transitionnelle pour faire la lumière sur les crimes perpétrés durant la crise au Mali, surtout depuis 2012, année au cours de laquelle le nord du pays était passé entre les mains de jihadistes et de rebelles indépendantistes.

Le Mali et la communauté internationale avaient commencé à craindre le pire après que le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » du Touareg malien Iyad Ag Ghaly, eut implicitement menacé, à deux jours du scrutin, de perturber le processus. Mais à Bamako et à New York, l’on se félicite aujourd’hui qu’il n’y ait pas eu mort d’homme, en dépit d’un certain nombre d’incidents violents qui ont empêché le vote de se dérouler dans 644 des 4632 bureaux de vote du nord et du centre du pays.

Le Département des opérations de maintien de la paix des Nations unis a estimé le lundi 30 juillet que cette élection présidentielle s’était déroulée « de manière pacifique » dans son ensemble. Au nombre des incidents ayant marqué la journée électorale, la mission de l’ONU au Mali a mentionné une dizaine d’obus de mortier tirés contre l’un   de ses camps à Aguelhok, dans la région de Kidal, dans le nord. « Aucune victime ou dommage n'a été signalé », a précisé le porte-parole adjoint du secrétaire général, tout « espérant « que le décompte des voix se fera de manière transparente ». Les résultats officiels provisoires sont attendus d’ici trois jours, avant un éventuel second tour le 12 août.

Pour sécuriser les opérations de vote, quelques 30.000 hommes des forces de sécurité et de défense avaient été mobilisés, dans un contexte où de nombreuses localités échappent au contrôle du gouvernement, en raison surtout d’attaques terroristes.

Si l’équipe de campagne du principal candidat de l’opposition Soumaïla Cissé a accusé le gouvernement d’avoir « failli à sa mission de sécurisation du scrutin », elle a tout de même exprimé sa « satisfaction légitime » après les opérations de vote. « Fort heureusement, il n’y a pas eu de blessés ni de morts », a - t-elle concédé dans un communiqué.

Cette élection fait suite à celle de 2013 qui avait permis de rétablir l’ordre constitutionnel après le coup d’Etat conduit l’année précédente par des officiers subalternes. Ce putsch avait scellé l’effondrement des institutions alors que les régions du nord passaient sous le contrôle de groupes djihadistes et de rebelles indépendantistes à majorité touarègue.

Flagellations publiques, destructions de biens culturels, amputations, viols, assassinats et autres crimes graves ont été commis durant l’occupation du nord tandis que des affrontements meurtriers entre militaires, des enlèvements et séquestrations avaient lieu dans le sud.

« La paix et la réconciliation pour tous les Maliens »

Suite à cette crise aussi profonde que complexe, la justice transitionnelle s’est imposée au Mali comme un outil majeur de reconstruction. Dans le souci de garantir le droit à la vérité, à la justice et à la réparation et de prévenir la récurrence de tels crimes, le Mali a créé un certain nombre de mécanismes, parallèlement aux procédures pénales devant les juridictions nationales et la Cour pénale internationale (CPI) saisie par Bamako en 2012.

Au nombre des initiatives nationales, figure la création en 2014, pour un mandat initial de trois ans, de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR). La mission de la CVJR, selon l’ordonnance du 15 janvier 2014, est de « contribuer à l’instauration d’une paix durable à travers la recherche de la vérité, la réconciliation et la consolidation de l’unité nationale et des valeurs démocratiques ». Chargée d’enquêter sur les crimes passés, elle doit aussi identifier les causes profondes de la situation actuelle, depuis la première rébellion touarègue de 1963. Sans être une instance judiciaire, elle devra analyser les témoignages pour établir les faits et faire des recommandations à l’Etat en termes de réparation et de réformes à mener. Bref, une mission gigantesque. La CVJR n’a commencé à travailler qu’en 2015, avec des ressources très limitées et dans un contexte sécuritaire extrêmement difficile. A ce jour, elle a déjà recueilli des milliers de dépositions et devrait déposer son rapport cette année, en demandant certainement une reconduction de mandat. Pour certains partenaires de la commission, le gouvernement qui sortira des élections de cette année n’aura pas le choix.

L’Accord de paix de 2015 prévoit par ailleurs la création d’une Commission d’enquête internationale, composée essentiellement par des enquêteurs internationaux. Cette dernière n’a pas encore été mise en place.

Candidat à sa propre succession, le sortant Ibrahim Boubacar Keita a prôné, durant sa campagne, la relance de cet accord de paix aujourd’hui dans l’impasse, tandis que son principal adversaire, Soumaïla Cissé, promettait, s’il était élu, de revoir un texte jugé non inclusif.

« La paix et la réconciliation pour tous les citoyens doivent prévaloir, indépendamment du résultat du scrutin », avait déclaré la veille de l’élection, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Les Nations unies ont plusieurs fois exprimé leur impatience face aux retards persistants dans la mise en application de l’accord.

 

 

 

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