Sans information, pas de réconciliation

Le procès de l'ex-président tchadien reporté au 7 septembre

Le procès de l'ex-président tchadien reporté au 7 septembre©Human Rights WatchHissène Habré
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A peine un jour après son ouverture spectaculaire devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), à Dakar, le procès de l'ancien président tchadien Hissène Habré a été reporté mardi au 7 septembre, pour permettre aux avocats commis d'office de prendre connaissance du dossier.

Ce report vient perturber les prévisions des CAE financées par la communauté internationale et qui comptaient boucler le procès en octobre.

En exil au Sénégal depuis plus de 20 ans, Hissène Habré, détenu depuis juillet 2013 dans une prison de Dakar, est poursuivi pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et actes de torture perpétrés sous son régime.

L'ancien président est jugé par un tribunal spécial créé au sein de la justice sénégalaise par un accord entre Dakar et l'Union africaine (UA) avec pour mandat de connaître des violations graves du droit international humanitaire commises au Tchad de 1982 à 1990.

Le report était prévisible. Lundi, au terme d'une première journée riche en rebondissements, la Chambre africaine extraordinaire d'assises présidée par le juge burkinabè Gberdao Gustave Kam avait ordonné que l'ancien chef de l'Etat tchadien, qui refusait de comparaître, soit amené mardi « par la force publique ».

Une décision qui avait été dénoncée comme une militarisation de la procédure par Maître François Serres, l'un des avocats reconnus de l'ancien président.

« Le président Hissène Habré suit sa ligne de conduite. Il ne peut pas comparaître devant des juges dont la feuille de route est de le condamner », avait expliqué l'avocat français, rencontré par JusticeInfo.Net dans une des pièces du Palais de justice de Dakar.

En habits ordinaires, sans robe d'avocat, le défenseur avait boycotté l'audience  à l'instar de son client.

A la reprise mardi matin, l'ancien président, amené de force conformément à la décision rendue par la Cour la veille, était assis dans la salle, tout de blanc vêtu comme d'habitude.

 « J'appelle Monsieur Hissène Habré au prétoire », a entamé le juge Kam. L'accusé, qui se trouvait cependant face au magistrat, entouré de gardes pénitentiaires, n'a pas dit un seul mot et ne s'est même pas levé.

« Y a-t-il des avocats de la défense dans la salle ? », s'est lors enquis le juge président, avant de constater lui-même : « Nous n'en voyons pas du tout ».

« Conformément à la loi, nous sommes obligés de commettre d'office des avocats pour représenter les droits et les intérêts de Monsieur Hissène Habré », a conclu le juge avant de se retirer brièvement avec ses deux assesseurs sénégalais.

La chambre  est revenue quelques minutes plus tard pour annoncer les noms des trois avocats du barreau du Sénégal qu'elle venait de désigner.

 

« La défense de la lâcheté »

Les juges se sont retirés une nouvelle fois, accompagnés cette fois-ci des trois avocats commis d'office.

Ils sont revenus au prétoire pour rendre publique leur décision d'accorder un délai de 45 jours aux trois défenseurs « pour leur permettre de s'approprier l'entièreté du dossier ».

« L'audience est donc suspendue et reprendra le 7 septembre », a indiqué le juge Kam.

Mais pour les parties civiles, ce délai de 45 jours ne sert que les intérêts de l'accusé. « Monsieur Hissène Habré viole la défense de la rupture. Sa défense, c'est la défense de la lâcheté face au regard des victimes. Sa défense tente de prendre la justice en otage », a plaidé Maître William Bourdon, priant la chambre de demander à l'accusé s'il allait ou non récuser les avocats commis d'office.

« Il se moque de votre cour. J'en appelle à votre conscience pour interroger Monsieur Hissène Habré sur ce fait », a insisté l'avocat français accusant l'ancien président de « cracher sur les juges et les victimes ».

Prenant la parole à son tour, le procureur général Mbacké Fall a dit « partager le souci des parties civiles ». « Il y a fort à parier que Monsieur Hissène Habré ne va pas entrer en contact avec ces avocats parce qu'il ne reconnaît pas votre juridiction », a affirmé le procureur sénégalais.

A la différence des parties civiles, le procureur a cependant estimé qu'il n'appartenait pas à l'ancien chef d'Etat de dire s'il récuse ou non les trois avocats. Pour Mbacké Fall, cette commission d'office n'a été décidée que dans l'intérêt de la justice.

Au nom de la chambre, le juge Kam a expliqué que le délai de 45 jours demandé par les avocats commis d'office était le minimum au regard des 19 mois qu'a duré l'instruction. « On veut un procès équitable, nous, la chambre, nous voulons aller vers un procès équitable, que les avocats commis d'office aient ou non la coopération de Monsieur Hissène Habré », a assuré le juge.

Avant de lever l'audience, il a précisé que les quatre témoins du procureur qui étaient prêts à déposer seraient rappelés ultérieurement à la barre.

Sous bonne escorte, l'accusé est alors sorti, saluant d'un geste de la main les membres de famille et proches présents dans la salle.

Interrogé par la presse après l'audience, Maître Mounir Ballal, l'un des avocats commis d'office, a jugé la désignation « tout à fait conforme à la loi sénégalaise ». « Nous sommes en matière criminelle, l'attribution d'un avocat est impérative. Si Monsieur Hissène Habré venait à me récuser, cela ne m'empêcherait pas d'accomplir mon office. Il n'y a pas de problème avec la déontologie, c'est le droit sacro-saint à la défense », a-t-il affirmé.​

 

 

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