MSF dénonce le blocage de l'accès humanitaire au Soudan du Sud

L'ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a dénoncé vendredi le blocage de l'aide humanitaire vers certaines zones du Soudan du Sud, où les combats entre factions rivales se sont intensifiés ce mois-ci, l'ONU avertissant du risque de "catastrophe humaine".

Des affrontements ont éclaté fin décembre dans l'État de Jonglei, au nord de la capitale Juba, entre les factions loyales au président Salva Kiir et celles de son rival de longue date, Riek Machar.

Selon les Nations unies, au moins 180.000 personnes ont été déplacées. MSF est le seul acteur du système de santé pour près de 400.000 personnes dans cet État.

L'organisation a indiqué que le gouvernement avait bloqué les vols humanitaires à destination de Lankien, Pieri et Akobo, l'empêchant d'acheminer des médicaments et du personnel, ainsi que d'évacuer des patients en situation critique.

A la suite de ces restrictions, l'ONG a été contrainte d'évacuer son personnel de Lankien et d'Akobo, et Pieri. Jeudi, au moins 23 patients gravement malades de Lankien et Pieri nécessitaient un transfert d'urgence, a précisé l'organisation.

"Les patients mourront si le gouvernement continue de bloquer l'accès humanitaire et médical", s'est inquiété Abdalla Hussein, responsable du bureau MSF pour le pays.

"Imposer des restrictions à l'aide humanitaire et empêcher les gens d'accéder aux soins de santé est une manoeuvre politique grossière", a-t-il dénoncé, cité dans un communiqué.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a également insisté sur l'importance de l'accès à l'aide alimentaire, affirmant que "des centaines de milliers de vies en dépendent" et que l'escalade militaire "n'aurait pas pu survenir à un pire moment".

Chol Nhial, un habitant de Jonglei, a déclaré à l'AFP qu'un afflux de personnes fuyant les violences était arrivé dans sa région.

"Leur situation est désespérée (...) Ils arrivent les mains vides, sans nourriture ni abri", témoigne-t-il, ajoutant que le choléra est devenu un "problème majeur".

La mission des Nations unies dans le pays (Minuss) a fait état d'une forte recrudescence de cas de choléra, avec 125 cas signalés à Jonglei ce mois-ci, 479 à l'échelle nationale, tandis que les centres de traitements sont "débordés et manquent cruellement de matériel", notamment en raison des sévères restrictions d'accès humanitaire.

"Des installations humanitaires sont pillées et endommagées, dont au moins sept dans l'État de Jonglei (...) et les travailleurs humanitaires sont intimidés", avec des répercussions sur les civils, a déclaré dans un communiqué sa représentante spéciale adjointe Anita Kiki Gbeho.

"Tous les ingrédients d'une catastrophe humaine sont réunis", a-t-elle déploré. Jeudi, le secrétaire général de l'ONU, Antononio Guterres, s'est dit "profondément préoccupé" par les violences dans l'État, qui, outre les nombreux déplacés, "ont fait de nombreux morts".

- Opposition "à l'offensive" -

Le gouvernement a affirmé cette semaine qu'il n'était "pas en guerre" et que l'opération de sécurité dans l'État de Jonglei était une "mesure nécessaire visant à arrêter l'avancée des forces rebelles".

Mais pour Ferenc David Marko, anthropologue et spécialiste du Soudan du Sud, les combats ont atteint un niveau qui n'avait plus été vu depuis la guerre civile dévastatrice entre les partisans de MM. Kiir et Machar de 2013 à 2018, qui a fait plus de 400.000 morts.

"Pour la première fois depuis la signature de l'accord de paix (en 2018), les forces d'opposition sont à l'offensive. Elles ont repris plusieurs positions gouvernementales que le gouvernement contrôlait depuis 2014", a-t-il expliqué à l'AFP.

Ce texte s'est effrité au cours de l'année écoulée. M. Machar a été arrêté en mars 2025 et est actuellement jugé pour "crimes contre l'humanité".

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.
Poursuivez la lecture...