En déclenchant une poussée d'inflation, la guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump a entamé le pouvoir d'achat des Américains et plombé leur moral, selon des données publiées vendredi.
Alors que des négociations doivent s'ouvrir entre Washington et Téhéran, deux indicateurs donnent une idée du coût économique et politique du conflit aux États-Unis, à quelques mois d'élections législatives déterminantes.
Les prix à la consommation (CPI) ont augmenté le mois dernier de 3,3% sur un an, selon des statistiques officielles. Ils progressaient de 2,4% un mois plus tôt.
Principal facteur de cette accélération: le bond des prix à la pompe entre février et mars (+21,2%), conséquence directe du conflit au Moyen-Orient.
Une telle augmentation mensuelle n'avait pas été observé depuis la création d'un indice pour l'essence, en 1967, a souligné le service statistique américain BLS.
Les marchés s'attendaient à de tels chiffres, qui couvrent la période suivant immédiatement le déclenchement, le 28 février, de la guerre au Moyen-Orient par des bombardements israélo-américains sur l'Iran.
Téhéran a riposté notamment en bloquant le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, par où transite d'ordinaire 20% du pétrole et du gaz utilisés dans le monde.
Bien qu'étant le premier producteur mondial de pétrole, les États-Unis n'ont pas été étanches à l'envolée des cours.
Les prix à la pompe ont vite augmenté. Un gallon (3,78 litres) d'essence ordinaire coûte actuellement en moyenne 4,15 dollars, contre environ 3 dollars juste avant la guerre.
L'exécutif américain, élu notamment sur la promesse de redresser le pouvoir d'achat, répète depuis plus d'un mois que les perturbations économiques sur le sol national seront temporaires.
Vendredi, après la publication des chiffres de l'inflation, des responsables (le porte-parole de la Maison-Blanche Kush Desai ou encore le conseiller économique de Donald Trump, Kevin Hassett) ont mis en avant les postes de dépenses qui ont connu des baisses de prix, en particulier les oeufs, le boeuf ou la billetterie sportive.
"Je pense que nos politiques pour le pouvoir d'achat commencent à porter leurs fruits", a déclaré M. Hassett sur la chaîne de télévision Fox Business, généralement bienveillante à l'égard des initiatives gouvernementales.
Dans un sourire, le présentateur a estimé que sa réponse était "un peu un écran de fumée".
- "Que le début" -
Les économistes préviennent que le mois en cours sera également mauvais en matière d'inflation.
"Ce n'est que le début", pronostique Heather Long, économiste de la banque Navy Federal Credit Union, qui s'attend à voir les coûts d'alimentation et de transport augmenter à leur tour.
Pour Gregory Daco, du cabinet EY, "le choc pétrolier provoqué par la crise au Moyen-Orient devrait coûter au moins 350 dollars par foyer" américain.
Le moral des consommateurs s'est enfoncé de 10% en un mois, selon l'autre indicateur publié vendredi.
"De nombreux consommateurs jugent que le conflit en Iran cause des changements économiques défavorables", note Joanne Hsu, qui dirige ce baromètre de référence produit par l'université du Michigan.
Elle précise que la plupart des réponses ont été collectées avant l'annonce de la trêve, précaire.
Diane Swonk, du cabinet KPMG, rappelle dans une note que les prix augmentent plus vite que les revenus des Américains depuis cinq ans.
"L'impact cumulé sur le pouvoir d'achat, dans un contexte marqué par l'érosion de la sécurité de l'emploi et les craintes liées à l'intelligence artificielle, affecte profondément les comportements des consommateurs", estime-t-elle.
D'après l'économiste, "un trop grand nombre d'entre eux peinent à maintenir leur train de vie", mais "s'y emploient de toutes leurs forces".

