L'écrivain Boualem Sansal, gracié en novembre par le président algérien Abdelmadjid Tebboune après un an de prison, a affirmé samedi qu'il entendait l'"attaquer en justice", quand ce serait "le bon moment".
L'auteur franco-algérien, invité de la Journée du livre politique qui se tenait à l'Assemblée nationale, s'exprimait lors d'une table ronde avec l'avocat Richard Malka sur le thème "le livre politique, source d'engagement".
"J'ai écrit (...) à (M.) Tebboune quand j'étais en prison (...), je lui ai dit (...) si vous me libérez, je vous attaque en justice. Et je vais attaquer monsieur Tebboune, parce que c'est lui qui m'a condamné", a-t-il déclaré, s'interrompant sous les applaudissements de la salle.
"Ils m'ont condamné à mort, en me mettant dessus tous les trucs - +terrorisme+, +espionnage+, +attaque à la sûreté de l'État+", a ajouté l'homme de 81 ans, qui avait été condamné à cinq ans de prison et incarcéré pendant près d'un an pour certaines prises de position critiques sur son pays natal.
Interrogé par l'AFP, M. Sansal a précisé que "la procédure est lancée". "Mon avocat a préparé un dossier pour saisir la justice internationale contre M. Tebboune", a-t-il ajouté, en disant "attendre le bon moment", évoquant le sort du journaliste sportif Christophe Gleizes, écroué en Algérie depuis mai 2024 où il a été condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".
"Je vais aller jusqu'au bout", a assuré l'écrivain dissident, estimant n'avoir pas eu "un vrai procès, avec des avocats et des observateurs internationaux".
Boualem Sansal a récemment claqué la porte de son éditeur historique Gallimard - qui l'avait soutenu et accompagné lors de son incarcération - pour rejoindre Grasset, une des maisons du géant Hachette Livre, propriété du groupe Louis Hachette contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Dans une tribune au Monde, il avait justifié ce choix par une "divergence" sur la stratégie choisie pendant sa détention. Pour lui, le fait d'avoir été gracié à la suite de démarches diplomatiques, initiées par son éditeur, était "profondément insatisfaisant".
Cette démarche "ne correspond pas à la ligne de résistance que j'ai fermement assumée face au régime violent et cruel d'Abdelmadjid Tebboune", avait-il ajouté.
Lors de cette journée, le Prix du livre politique a été décerné à Émilie Frèche pour "Un séisme" (Albin Michel), qui porte sur le procès, en première instance, des huit personnes accusées d'avoir apporté leur concours à l'assassin du professeur Samuel Paty, décapité en 2020.
Un prix spécial du Jury a été décerné à l'ex-roi d'Espagne Juan Carlos, en exil à Abou Dhabi depuis 2020, pour son livre "Réconciliation", une autobiographie parue en novembre chez Stock, coécrite avec la Française Laurence Debray, qui avait relancé en Espagne le débat sur les liens de l'ex-monarque avec le dictateur Franco.
Parmi les passages les plus controversés de ses mémoires figure l'éloge qu'il adresse à Franco, qui a dirigé l'Espagne d'une main de fer après sa victoire lors de la dévastatrice guerre civile (1936-1939) et qui a, à sa mort, ouvert la voie à l'accession au trône de Juan Carlos Ier.
Dans un discours lu en français, l'ancien monarque de 88 ans, accompagné des deux infantes Elena et Cristina et de son petit-fils Froilan, a défendu "son action en tant que chef d'État d'un vieux pays européen", tout en évoquant "la faiblesse et les erreurs commises en tant qu'être humain" et pour lesquelles il ne peut "pas être fier".

