Le ministre des Migrations grec, Thanos Plevris, s'en est pris jeudi à la BBC après la publication d'une enquête faisant état de refoulements illégaux de migrants à la frontière terrestre greco-turque par les forces de l'ordre grecques.
"La police grecque fait appel à des migrants masqués pour refouler de force d'autres migrants de l'autre côté de la frontière" greco-turque, s'intitule l'article publié mardi par le média britannique.
Selon cette enquête, certains exilés sont recrutés par des policiers grecs pour refouler d'autres candidats à l'asile vers la Turquie, une pratique qui serait en vigueur au moins depuis 2020.
"La BBC adopte essentiellement les propos des passeurs de migrants illégaux", a déclaré Thanos Plevris dans une interview à la chaîne de télévision grecque Action, qualifiant l'enquête de la BBC de "science-fiction".
Selon la BBC, des opérations de refoulement, contraires au droit international, ont été menées avec une grande brutalité contre les migrants, "battus, volés, parfois déshabillés et même agressés sexuellement".
Niant ces faits, Thanos Plevris, connu pour ses positions anti-immigration, s'est limité à indiquer que la Grèce "allait continuer à garder ses frontières pour l'Union Européenne et pour le Royaume-Uni".
Suivant une stricte politique migratoire, Thanos Plevris a fortement soutenu le tour de vis adopté récemment par l'Union européenne (UE), qui permet notamment d'ouvrir des centres en dehors des frontières de l'UE, les fameux "hubs de retour", pour y envoyer les migrants dont la demande d'asile est rejetée.
Interrogé par la BBC dans le cadre de son enquête, le Premier ministre grec conservateur Kyriakos Mitsotakis avait répondu de son côté n'avoir "aucune connaissance" de ces allégations.
Athènes a maintes fois été accusée par des ONG et des médias, vidéos et témoignages détaillés à l'appui, de pratiquer des refoulements illégaux de migrants vers la Turquie mais le gouvernement a toujours nié y avoir recours.
Selon la BBC, un rapport du bureau des droits fondamentaux de l'Agence européenne aux frontières Frontex a conclu que - sur la base des preuves disponibles lors d'un refoulement en 2023 - entre 10 et 20 "ressortissants de pays tiers" agissaient sous les ordres d'officiers grecs.
Ce document indique que ces migrants ont ensuite été ramenés de force en Turquie, en violation du droit international.
En 2022, le média néerlandais Lighthouse Reports - en collaboration avec le journal français Le Monde, le magazine allemand Der Spiegel et le site anglais The Guardian - avait révélé des pratiques similaires à la frontière terrestre greco-turque.
Souvent en échange d'un permis de séjour, des exilés devenus des "mercenaires" au service des garde-frontières grecs, racontaient avoir participé à des opérations de refoulement qui s'accompagnaient de passages à tabac, de racket, ou de mises à nu, selon Lighthouse.
Fin mars, la Ligue des droits de l'homme (LDH) avait obtenu qu'un juge français soit saisi pour enquêter sur l'ex-directeur de l'agence européenne des frontières Frontex (2015-2022), Fabrice Leggeri, qu'elle accuse de complicité de crimes contre l'humanité pour avoir mené une "chasse aux migrants" et d'avoir facilité les interceptions d'embarcations de migrants par les autorités libyennes et grecques.

