Japon: Takaichi fait une offrande à un sanctuaire controversé, symbole du militarisme

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi, connue pour ses positions ultranationalistes, a fait envoyer une offrande au sanctuaire de Yasukuni, considéré comme un symbole du passé militariste du pays, tout en s'abstenant de s'y rendre en personne, selon des médias et une source proche du dossier.

Mme Takaichi a offert un "masakaki", objet rituel composé de branches et accompagné d'une tablette, a indiqué mardi cette source à l'AFP sous couvert d'anonymat, information également rapportée par la chaîne publique NHK et l'agence de presse Jiji.

Ce sanctuaire shinto de Tokyo rend hommage aux quelque 2,5 millions de soldats morts lors des conflits menés par le Japon, mais il honore aussi la mémoire d'officiers et hommes politiques japonais condamnés pour crimes de guerre par un tribunal international après la Seconde Guerre mondiale.

Les visites de responsables nippons à Yasukuni suscitent souvent la colère de Pékin et de Séoul, la Chine et la péninsule coréenne ayant été le théâtre d'exactions commises par des militaires japonais dans la première moitié du XXe siècle.

La diplomatie chinoise a qualifié mardi le sanctuaire d'"instrument spirituel et de symbole des guerres d'agression menées par le militarisme japonais".

"La Chine s'oppose fermement et condamne avec force les agissements du Japon concernant le sanctuaire Yasukuni", a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, précisant que Pékin avait adressé de "vives protestations" à Tokyo.

- "Regarder l'histoire en face" -

La Corée du Sud a également rapidement réagi, exprimant sa "profonde déception et ses regrets".

"Notre gouvernement exhorte les dirigeants du Japon à regarder l'histoire en face et à faire preuve, par des actes, d'une réflexion humble et de remords sincères pour son passé", a déclaré aux journalistes le porte-parole du ministère sud-coréen des Affaires étrangères, Park Il.

"Nous disons une nouvelle fois que cela constitue une base importante pour construire une relation Corée du Sud-Japon tournée vers l'avenir et fondée sur la confiance mutuelle", a-t-il ajouté.

Aucun Premier ministre japonais ne s'est rendu à Yasukuni depuis 2013, lorsque Shinzo Abe avait déclenché la fureur de Pékin et de Séoul et suscité une rare réprimande diplomatique de la part de son proche allié, les États-Unis.

Pour autant, les prédécesseurs de Mme Takaichi, Shigeru Ishiba et Fumio Kishida, envoyaient eux aussi régulièrement des offrandes à l'occasion des festivals de printemps et d'automne.

Mme Takaichi, arrivée au pouvoir à l'automne et reconduite en février à l'issue d'un triomphe électoral, s'est dans le passé elle-même rendue au sanctuaire à de nombreuses reprises lorsqu'elle occupait des postes ministériels.

"Honorer les esprits de ceux qui ont consacré leur vie à leur pays est quelque chose que chaque individu devrait faire en accord avec sa propre conscience", avait-elle déclaré lors d'une visite en août dernier, avant de devenir Première ministre.

Chaque année, des dizaines de parlementaires viennent s'y recueillir lors des festivals semestriels, ainsi qu'en août pour l'anniversaire de l'annonce par l'empereur de la reddition du Japon en 1945.

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