Soudan: dans le champ de bataille du Nil Bleu, la lutte des déplacés pour survivre

Comme des milliers d'habitants de l'Etat du Nil Bleu, nouveau champ de bataille majeur de la guerre au Soudan, Awatif Awad a fui fin mars sa ville, avec ses cinq enfants. Depuis, elle tente de survivre dans un camp de déplacés surchargé, où tout manque.

"On nous donne seulement un repas par jour", raconte à l'AFP cette femme de 38 ans, jointe par téléphone dans le site Al-Karama 3, à la périphérie de Damazin, capitale de cet Etat du sud-est jouxtant l'Ethiopie.

Et "je n'ai pas de médicament pour mon fils de cinq ans, qui a la malaria", ajoute Awatif Awad, partie d'al-Kurmuk, à une centaine de kms de là, quand la ville est tombée aux mains des Forces de soutien rapide (FSR), en guerre avec l'armée depuis avril 2023.

Dans le camp, les abris qui s'élèvent sur la terre battue sont rafistolés avec des matériaux de récupération, des bâches en plastique, de la paille, selon des photos diffusées par des volontaires.

Des enfants malades y sont allongés sur de minces nattes. Ici, pas de dispensaire et pour rejoindre l'hôpital le plus proche, tous dépendent de la disponibilité d'un pousse-pousse délabré.

Des femmes font la queue pour de la nourriture ou de l'eau, provenant de seulement quatre citernes.

Initialement construit pour des réfugiés d'anciens conflits - entretemps repartis - Al-Karama 3 doit faire face depuis janvier, avec d'autres sites voisins, à l'arrivée d'environ 30.000 déplacés.

- "Champ de bataille central" -

Lorsqu'elle a quitté al-Kurmuk, d'où ont fui en quelques semaines quelque 12.000 personnes, Awatif Awad a emporté ce qu'elle pouvait et marché trois jours et même la nuit où "il faisait noir comme dans un four".

La guerre au Soudan a déjà fait des dizaines de milliers de morts et environ 11 millions de déplacés, entraînant une crise humanitaire majeure.

Malgré les appels répétés des Nations unies à une trêve humanitaire, les affrontements se sont intensifiés ces derniers mois dans le Nil Bleu, dans la région voisine du Kordofan et à l'ouest du Darfour, à la frontière du Tchad.

Les deux camps sont régulièrement accusés de crimes de guerre, notamment de bombardements indiscriminés et de ciblage de civils.

Au moins 450 personnes ont été tuées dans le Nil Bleu au cours des trois premiers mois de 2026, période la plus meurtrière depuis le début de la guerre, selon l'ONG Acled, spécialisée dans l'observation des conflits.

Cet Etat est "passé d'un front périphérique à un champ de bataille central", explique à l'AFP Jalale Getachew Birru, analyste au sein de cette organisation américaine.

Les FSR y sont alliés avec le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (MPLS-N), groupe rebelle qui opère de longue date dans certaines zones du Nil Bleu et du Kordofan-Sud.

Pour les déplacés d'Al-Karama 3, l'approche de la saison des pluies est une nouvelle source d'inquiétude. "Quand les pluies vont commencer, cet endroit sera inondé", redoute Mahasin Abdelhamid, 33 ans, qui partage une grande tente avec des dizaines de familles.

- "Extrêmement difficiles" -

Au total depuis avril 2023, plus de 150.000 personnes ont été déplacées dans le Nil Bleu selon les autorités locales, dont environ deux tiers se sont réfugiées à Damazin.

"Ils vivent dans des conditions extrêmement difficiles", explique un bénévole qui a requis l'anonymat pour raisons de sécurité. "Certains déplacés arrivent blessés mais il n'y a pas de dispensaire", poursuit-il.

Selon l'ONU, la surpopulation de la ville est facteur d'insalubrité, et accroît le risque de violences sexuelles à l'égard des femmes.

Les opérations humanitaires sont elles paralysées par l'insécurité, des difficultés d'accès et un manque de financement, s'est récemment inquiétée la coordinatrice de l'ONU au Soudan, Denise Brown.

Des centres communautaires animés par des bénévoles - qui offraient notamment cuisines collectives et soins de santé de base - ont eux été fermées par les autorités dans tout l'Etat il y a deux semaines.

Les hostilités ne montrent aucun signe d'apaisement, et se sont élargies au niveau régional.

En mars, le gouvernement soudanais pro-armée a fait état d'attaques de drones "en provenance du territoire éthiopien", une mise en cause inédite du pays voisin, rejetée par Addis Abeba.

Khartoum accuse par ailleurs régulièrement Abou Dhabi d'équiper les FSR, ce que les Emirats arabes unis nient catégoriquement, malgré les preuves alignées par des rapports internationaux.

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