La députée martiniquaise Béatrice Bellay a appelé vendredi à passer "de la mémoire à la réparation" de l'esclavage, au lendemain des commémorations des vingt-cinq ans de la loi Taubira, le président de la Collectivité territoriale de Martinique, Serge Letchimy, plaidant lui aussi pour ouvrir le sujet des réparations.
Dans une tribune, la députée socialiste Béatrice Bellay a appelé la France à passer "de la mémoire à la réparation", vingt-cinq ans après la loi de 2001 reconnaissant la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité.
"La France ne peut pas être le pays qui, en 2001, a ouvert la voie juridique de la reconnaissance, et celui qui, vingt-cinq ans plus tard, hésiterait devant les conséquences politiques de sa propre lucidité", écrit l'élue de la Martinique.
Précisant que "la réparation ne consiste pas à faire peser sur les générations présentes une culpabilité héréditaire", elle juge que celle-ci consiste à reconnaître qu'un "crime public, organisé par des normes publiques, protégé par des institutions publiques, prolongé par des mécanismes économiques et sociaux, appelle une responsabilité publique".
Mme Bellay plaide pour une "loi cadre sur la réparation des effets de la traite et de l'esclavage, élaborée avec les collectivités concernées", afin de fixer des objectifs et des moyens, précisant que la réparation "doit être comprise dans toute son ampleur" et ne se réduit pas à une "transaction financière".
La veille, le président de la Collectivité territoriale (CTM) Serge Letchimy avait proposé la création d'une "commission transpartisane" sur la mémoire de l'esclavage, assortie d'un volet sur les réparations.
"Il ne faut pas qu'elle ne parle que du côté mémoriel", a déclaré M. Letchimy durant une session plénière de la CTM, plaidant pour "parler de réparation aussi".
Ces prises de position interviennent alors que la Martinique célèbre le 22 mai, jour férié qui commémore le soulèvement à cette date de dizaines de milliers d'esclaves pour faire appliquer l'abolition de l'esclavage en 1848.
Jeudi soir à l'Élysée, lors d'une réception pour le 25e anniversaire de la loi Taubira, Emmanuel Macron a évoqué sa réflexion "inachevée" sur la question "sensible" des réparations, estimant qu'on ne pourra "jamais réparer ce crime totalement".
Le chef de l'État a en outre soutenu l'abrogation symbolique du "Code noir", nom donné à un ensemble d'édits royaux datant des XVIIe et XVIIIe siècles organisant l'esclavage et jamais formellement abrogés, qui doit être débattue dans une proposition de loi le 28 mai à l'Assemblée.

