L'Eglise catholique philippine et des organisations de la société civile ont mis en place mercredi une "Commission de la vérité" chargée d'établir les faits et de constituer un "dossier public crédible" sur la "guerre contre la drogue" qu'a livrée l'ancien président des Philippines Rodrigo Duterte.
Mercredi, la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé que Rodrigo Duterte, arrêté en 2025, serait jugé pour crimes contre l'humanité à partir du 30 novembre. Les procureurs ont affirmé qu'il avait fait tuer des milliers de trafiquants et de consommateurs présumés de drogue.
Dirigée par un ancien juge de la CPI et soutenue par l'Eglise catholique, la "Commission vérité et réconciliation des Philippines" a précisé dans un communiqué qu'elle chercherait à "établir un dossier public crédible sur les exécutions extrajudiciaires et les exactions liées à la guerre contre la drogue livrée par le gouvernement".
Cette commission comprenant cinq membres devrait entamer des audiences publiques fin juillet. Son travail consistera à "recueillir les témoignages des survivants, à recommander des mesures pour établir les responsabilités et à définir des réformes institutionnelles pour éviter de futures violences", a-t-elle expliqué.
"Notre objectif est d'entendre les victimes raconter leur histoire. Notre objectif est d'établir la vérité", a déclaré le président de la commission, Raul Pangalangan, un ancien juge de la CPI, au cours d'une conférence de presse.
"Les victimes doivent prendre une part active" à l'obtention de la justice, a-t-il ajouté.
Selon les ONG de défense des droits humains, jusqu'à 30.000 personnes ont été tuées pendant la campagne contre la drogue menée sous la présidence de Rodrigo Duterte (2016-2022), dont de nombreux petits trafiquants et consommateurs de drogue.
La police philippine a reconnu avoir abattu plus de 6.000 suspects en état de légitime défense.
Quelques policiers seulement ont été poursuivis pour meurtre, y compris d'enfants et de mineurs.
L'ancien homme fort de Manille est visé par trois chefs d'accusation de crimes contre l'humanité, les procureurs lui reprochant d'avoir été impliqué dans au moins 76 meurtres commis entre 2013 et 2018.
Bien que le gouvernement n'ait pas participé à la création de la commission, il aura la possibilité d'utiliser les preuves qu'elle aura obtenues pour poursuivre des suspects, a déclaré le cardinal Pablo David, un conseiller de la commission.
Entretemps, une chasse à l'homme a été déclenchée aux Philippines pour retrouver le principal responsable de la "guerre contre la drogue", l'ancien chef de la police sous la présidence de M. Duterte, Ronald Dela Rosa.
Ce sénateur a échappé de justesse le 11 mai à son arrestation en se réfugiant dans le bâtiment du Sénat puis en prenant la fuite vers une destination inconnue.
La commission de la vérité comprend également Raquel Fortun, un médecin légiste, Danny Pilario, un prêtre catholique et recteur d'université, Al Fuertes, un expert en traumatismes, et Carlos Conde, un ancien chercheur de l'ONG Human Rights Watch.

