Les sénateurs philippins ont élu mercredi un président par intérim, permettant à l'institution de reprendre le travail après que les soutiens de la vice-présidente, Sara Duterte, ont déserté leurs postes avant son procès en destitution prévu en juillet.
"Remettez-vous au travail, car c'est important: nous avons beaucoup à faire", avait asséné plus tôt le président du pays, Ferdinand Marcos, au moment où les Philippines luttent contre les hausses des prix du carburant liées à la guerre au Moyen-Orient.
Les alliés de Sara Duterte ont boycotté les sessions du Sénat cette semaine après avoir perdu leur majorité, alors qu'ils disposaient auparavant de 13 sénateurs sur 24, un nombre largement suffisant pour épargner à la vice-présidente un vote de destitution, nécessitant les deux tiers des voix.
Aujourd'hui, il reste seulement onze sénateurs pro-Duterte après l'arrestation lundi pour corruption de Jose "Jinggoy" Estrada et la fuite d'un autre parlementaire, Ronald Dela Rosa, pour échapper à une arrestation et à son transfert à la Cour pénale internationale (CPI).
Le Sénat philippin, qui se trouvait dans l'impasse avec onze sénateurs de chaque bord, a tout de même réussi à se doter mercredi d'un nouveau président par intérim après qu'un sénateur du bloc pro-Duterte a assisté à la séance, permettant aux législateurs d'atteindre le quorum nécessaire.
Sherwin Gatchalian, opposant au camp Duterte, a ainsi pris la tête de l'institution à titre temporaire.
Le quorum a été calculé sur la base de la "majorité des 22 sénateurs sur lesquels le Sénat peut exercer sa juridiction", excluant les deux parlementaires arrêté et en fuite.
Un choix critiqué par l'ex-président du Sénat pro-Duterte, Alan Peter Cayetano, dont le boycott empêchait l'institution de fonctionner. "Est-ce que la démocratie des Philippines est à nouveau morte ?" a-t-il demandé dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.
Le procès en destitution de la vice-présidente est censé commencer au Sénat le 6 juillet.
Fin avril, une commission du Congrès philippin avait trouvé des motifs suffisants pour engager une procédure de destitution à l'encontre de Sara Duterte. Dans la foulée, la Chambre des représentants avait voté la mise en accusation de la vice-présidente pour des faits présumés de malversations et corruption, ainsi que pour menace de mort à l'encontre du président Ferdinand Marcos.
Un verdict de culpabilité entraînerait la destitution de Mme Duterte et son inéligibilité à vie, alors qu'elle s'est déclarée candidate à l'élection présidentielle de 2028.

