Pérou: la présidente élue n'a "aucune légitimité" estiment des proches de victimes de crimes commis par l'Etat

Des proches de victimes de crimes commis par l'Etat péruvien et des collectifs citoyens ont remis en cause mardi la "légitimité" de la présidente élue Keiko Fujimori, estimant que son gouvernement entraînera un recul démocratique et un risque d'impunité.

Mme Fujimori, 51 ans, a remporté le second tour d'une courte tête face au candidat de gauche Roberto Sanchez. Elle prendra ses fonctions le 28 juillet.

"Nous, les proches, prenons la parole pour dénoncer le danger que représente le fujimorisme, celui d'avoir un gouvernement autoritaire sans garanties en matière de droits humains", a déclaré à l'AFP Gisela Ortiz, dont le frère a été enlevé et assassiné en 1992 par l'un des "escadrons de la mort" de l'armée sous la présidence d'Alberto Fujimori (1990-2000).

Le père de la présidente élue qui a vaincu les guérillas du Sentier Lumineux et du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) a été condamné pour corruption et crimes contre l'humanité.

"Rejetons ce gouvernement de Keiko Fujimori, ne pas la reconnaître comme présidente et souligner qu'il n'a aucune légitimité", a ajouté Mme Ortiz.

Elle dénonce la volonté d'adoption par le Parlement de lois d'amnistie, de la prescription des crimes contre l'humanité et du jugement des membres de la police et de l'armée devant la justice militaire.

Une déclaration signée par des proches et des victimes du conflit armé interne de 1980-2000 et des manifestations sociales de 2022-2023 réclame la préservation de la mémoire des victimes, la protection de l'indépendance du pouvoir judiciaire, et sollicite l'attention d'organismes internationaux.

La présidente de droite a prôné la semaine dernière la "réconciliation" entre les forces politiques pour tourner la page d'une décennie d'instabilité.

"Nous ne reconnaissons pas le gouvernement de Keiko Fujimori. Nous n'accepterons aucune réconciliation qui ne s'accompagne pas de justice", a déclaré à l'AFP Milagros Samillan, soeur de l'une des victimes des manifestations contre le gouvernement de l'ex-présidente Dina Boluarte.

Le Pérou a connu huit présidents différents depuis 2016. Plusieurs d'entre eux ont été destitués par le Parlement où le bloc fujimoriste a toujours été prépondérant.

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