Karim Khan restera dans l'histoire de la Cour pénale internationale le procureur qui a obtenu des mandats d'arrêt contre Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu, mais aussi celui qui a "empoisonné l'ambiance" au sein de la juridiction.
Rigueur et méticulosité, voilà les maîtres-mots de cet avocat britannique de 56 ans lorsqu'il s'agit de rassembler des preuves contre les auteurs présumés des crimes les plus graves commis dans le monde.
Mais il fait actuellement lui-même l'objet d'une enquête suite à des allégations d'agressions sexuelles portées à son encontre par une membre de son personnel. Des accusations qu'il nie.
Lors de sa prestation de serment en 2021 en tant que procureur général de la cour de La Haye, M. Khan a déclaré que la CPI devait être jugée sur ses actes: "On juge l'arbre à ses fruits."
Et en demandant des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et des dirigeants du Hamas, il a montré qu'il ne craignait pas la controverse.
Avant cela, il avait obtenu la délivrance d'un mandat d'arrêt contre le président russe Vladimir Poutine, ce qui lui a valu d'être placé sur une liste de personnes recherchées en Russie.
Des polémiques ont aussi émaillé sa carrière d'avocat, lui qui a notamment défendu l'ancien président du Libéria Charles Taylor contre des allégations de crimes de guerre en Sierra Leone.
Rompu aux dossiers internationaux de premier plan, M. Khan a également défendu le président kényan William Ruto dans une affaire de crimes contre l'humanité devant la CPI - finalement abandonnée.
Il a aussi été l'avocat de Seif al-Islam, fils du défunt dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
Intervenir de tous les côtés du prétoire aide les avocats à rester "les pieds sur terre", a déclaré M. Khan au journal spécialisé OpinioJuris.
Cela évite également "des attitudes corrosives, comme penser que l'avocat de la défense est le diable incarné ou qu'en tant que procureur, vous faites +l'oeuvre de Dieu+", a-t-il ajouté.
Critiqué pour ne pas avoir agi assez vite pour empêcher les atrocités à Gaza, M. Khan a déclenché un coup de tonnerre en demandant des mandats d'arrêt dans le cadre de cette guerre, s'attirant les foudres de Netanyahu et de Washington, son allié.
"Ce n'est pas une chasse aux sorcières (...) C'est un processus scientifique et légal que l'on attend de nous en tant que procureurs internationaux", a martelé M. Khan.
- "Conscient de ses prouesses" -
Né en Ecosse, Karim Khan a d'abord étudié dans une école privée dans le nord du Royaume-Uni, avant d'étudier le droit au King's College de Londres.
Il a ensuite fait ses armes en droit international au sein des anciens tribunaux pour crimes de guerre yougoslaves et rwandais de 1997 à 2000, avant de représenter les survivants et les proches des victimes du régime des Khmers rouges des années 1970 au Cambodge devant un tribunal soutenu par l'ONU.
Ses autres fonctions incluent un passage au Tribunal spécial pour le Liban, basé à La Haye, créé pour traduire en justice les assassins de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005.
Arrogant aux yeux de certains, le jury de sélection de la CPI l'a décrit comme un "communicateur charismatique et éloquent, bien conscient de ses prouesses".
"J'ai postulé parce que je pensais être capable d'assumer ce rôle. Si le comité de sélection y a vu de l'arrogance, alors je plaide coupable", a rétorqué M. Khan.
Ses discours témoignent d'une maîtrise de la rhétorique, agrémentée de touches d'humour britannique.
Membre de la secte musulmane minoritaire Ahmadiyya, il émaille souvent ses discours de "Inshallah" (si Dieu le veut).
"Karim Khan semble être un avocat pragmatique", a déclaré à l'AFP Melanie O'Brien, professeure invitée en droit international à l'université du Minnesota.
Son rôle demande "un certain courage, car vous savez que vous allez vous retrouver face à des gens qui ne sont pas d'accord avec vous et qui ne sont pas d'accord avec la cour en général", a-t-elle ajouté.
Mais quelle que soit l'issue du vote de vendredi sur son éventuel renvoi du poste de procureur, les allégations contre lui auront terni son travail à la CPI.
"Même si ce ne sont que des accusations, cela nous perturbe et nous a affectés parce que cela a empoisonné l'atmosphère de la Cour", a déclaré le procureur adjoint de la CPI, Mame Mandiaye Niang, lors d'un entretien avec l'AFP en décembre.
"Ces accusations ont été rendues publiques et cela suffit à jeter le doute sur notre travail", a-t-il ajouté.

