Keiko Fujimori a grandi dans les coulisses du pouvoir à l'ombre de son père Alberto, président du Pérou de 1990 à 2000, mais investie cheffe de l'Etat mardi, elle prend à son tour la lumière.
Figure de la droite péruvienne depuis deux décennies, elle devient à 51 ans, après avoir échoué au second tour en 2011, 2016 et 2021 la deuxième femme présidente du Pérou - après Dina Boluarte entre 2022 et 2025 -, grâce à sa courte victoire à la présidentielle du 7 juin, avec moins de 50.000 voix d'avance sur 18 millions de votants.
Investie mardi, elle a juré "d'exercer fidèlement les fonctions de présidente de la République que la nation (lui) a confiées pour la période 2026-2031".
Pour ses partisans comme pour ses détracteurs, elle reste indissociable de la figure tutélaire de son père. Un héritage qui lui a garanti un électorat fidèle mais suscite également un profond rejet.
"C'est une +marque+ bien positionnée, qu'on l'apprécie ou non", estime le politologue Jorge Aragon.
Alberto Fujimori a gouverné d'une main de fer le pays dans les années 1990, mais ses soutiens retiennent surtout le dynamisme économique sous ses mandats. Loué pour avoir vaincu les guérillas du Sentier lumineux et du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) et maîtrisé l'hyperinflation, il a ensuite été condamné pour corruption et crimes contre l'humanité avant de décéder en 2024 à 86 ans après une longue peine de prison.
Diplômée en administration aux Etats-Unis, ancienne députée et dirigeante du parti Force populaire, Keiko Fujimori a ainsi grandi dans les coulisses du pouvoir, avant de devenir à 19 ans Première dame sous la présidence de son père, en raison du divorce de ses parents. Elle a alors côtoyé chefs d'Etat et dirigeants du monde entier.
Elle est connue des Péruviens comme Keiko, mais aussi surnommée "la China", un sobriquet souvent utilisé au Pérou pour désigner les personnes d'origine asiatique.
- Le pari de l'ordre -
Keiko Fujimori estime que cette opposition au fujimorisme a dominé la vie politique du pays depuis la chute de son père. "Depuis 25 ans, le Pérou est gouverné par des gouvernements antifujimoristes", affirme-t-elle, accusant ses adversaires d'avoir alimenté la "haine" et la "division".
Ses détracteurs lui reprochent au contraire d'avoir contribué à l'instabilité chronique du pays, qui a connu huit présidents en dix ans, du fait de l'influence exercée par son camp au Parlement, usant de son pouvoir de destitution.
Première campagne sans son père - "Il me manque", a-t-elle confié à l'AFP en avril -, cette élection l'a vue revendiquer plus ouvertement que jamais l'héritage sécuritaire du fujimorisme.
Dans un pays frappé par une montée de la criminalité, elle a fait de l'"ordre" son principal slogan. "La gauche conduit à la pauvreté et au chaos", a-t-elle assuré en parlant de son adversaire.
"Avec la même détermination que mon père pour vaincre le Sentier lumineux et le MRTA, nous viendrons à bout des délinquants", a-t-elle déclaré.
Ses proches la décrivent comme une femme déterminée et résiliente. "Chaque coup qu'elle a reçu dans la vie ne l'a pas brisée, mais l'a rendue encore plus forte", dit à l'AFP Miki Torres, son colistier à la vice-présidence.
Longtemps perçue comme une personnalité combative et clivante, notamment en raison de ses démêlés judiciaires, elle s'efforce depuis plusieurs années d'adoucir son image.
Elle a passé plus d'un an en détention provisoire dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent liée au scandale Odebrecht, une affaire de corruption par cette entreprise de BTP brésilienne qui a touché une grande partie de l'Amérique du Sud.
"J'ai aussi commis des erreurs, notamment en ayant parfois une attitude très conflictuelle", reconnaît cette mère de deux filles, divorcée d'un Américain.

