Douze ans après le "génocide" des Yazidis en Irak commis par le groupe État islamique (EI), Nadia Murad, ancienne esclave de l'organisation jihadiste, a déploré jeudi à l'ONU que les progrès vers la justice restent beaucoup trop "lents".
En août 2014, le sort des Yazidis, une minorité kurdophone, a basculé lorsque l'EI s'est emparé d'un tiers de l'Irak, notamment de leur foyer historique sur les monts Sinjar.
Les jihadistes ont tué des hommes, transformé les plus jeunes en enfants-soldats et condamné des milliers de femmes aux travaux forcés et à l'esclavagisme sexuel, des crimes reconnus comme un génocide par plusieurs pays et par l'ONU.
"Après avoir survécu, nombre d'entre eux ont décidé de faire entendre leur voix pour réclamer justice pour notre communauté", a déclaré Nadia Murad, prix Nobel de la paix 2018, lors d'une conférence de presse organisée avec la France au siège de l'ONU à Genève pour commémorer ce "génocide".
"Beaucoup ont encore des membres de leur famille en captivité. Les dépouilles de leurs proches tués n'ont pas été identifiées ni restituées. Nous avons des proches qui se trouvent dans des camps de déplacés", a-t-elle ajouté, entourée d'autres anciennes jeunes esclaves de l'EI.
"Nous parlons d'êtres humains qui sont toujours portés disparus ou retenus en captivité - certains peut-être en Irak, auprès de leurs familles, ou bien en Syrie ou ailleurs", a-t-elle relevé.
Devenue porte-drapeau de sa minorité, elle réclame un plus grand soutien de la communauté internationale pour que les responsables des atrocités soient traduits en justice, dénonçant "le manque de justice".
"Cela fait 12 ans que nous revenons sans cesse sur les mêmes problèmes : les femmes et les enfants disparus, les dépouilles à identifier, le retour des Yazidis chez eux et la nécessité de rendre justice aux survivants".
"Des progrès ont été réalisés, certes, mais ils sont très lents. Pour de nombreuses familles, c'est un véritable calvaire, car elles continuent d'attendre jour après jour sous des tentes, tandis que beaucoup d'autres personnes sont encore en captivité", a-t-elle dit, ajoutant que "la prévention commence par la justice et l'obligation de rendre des comptes".
Une autre ancienne esclave sexuelle, Khawa Ali, a dénoncé le fait que des membres de l'EI vivent aujourd'hui "librement" en Europe et ailleurs, alors que les victimes restent "dans la peur", tout en saluant la condamnation l'an dernier en Belgique de l'homme qui l'avait retenue captive.
"Mon message d'aujourd'hui est donc que nous espérons que justice sera rendue et que la communauté internationale continuera de tenir des procès", a souligné la jeune femme.

