Birmanie : 50 morts sur un marché bombardé par l'armée, selon les humanitaires

Dans l'ouest de la Birmanie, des familles tentent mardi de retrouver les corps de leurs proches dans les décombres calcinés d'un marché, au lendemain d'une frappe aérienne de l'armée qui a fait 50 morts, selon des sources humanitaires concordantes.

C'est le bilan le plus meurtrier de ces derniers mois dans ce pays d'Asie du Sud est en pleine guerre civile depuis le coup d'Etat militaire de 2021.

La junte affronte des mouvements prodémocratie et des groupes armés issus de minorités ethniques, qui contrôlent désormais de vastes portions du territoire.

Selon des témoins, l'aviation militaire a bombardé lundi vers midi (05H30 GMT) cet important carrefour commercial situé au bord d'un fleuve, dans la ville de Kyauktaw, dans l'Etat de Rakhine (ouest).

"Voir notre peuple mourir me brise le coeur", confie Aung Chay, 49 ans, qui recherche toujours la dépouille de son beau-frère. "Des civils sont tués injustement, je ne supporte pas de voir ça", dit-il, confessant "un profond chagrin et une immense colère".

L'armée birmane n'a pas pu être jointe pour commenter cette attaque.

Lundi, l'Armée d'Arakan (AA), groupe armé autonomiste qui contrôle la zone, a fait état de 33 morts dans un premier bilan. Elle a ensuite fait état de 50 victimes, "des passants innocents, des vendeurs du marché, des clients et des manutentionnaires", selon elle.

"Le bilan atteint 50 morts et 58 blessés", a indiqué pour sa part mardi l'humanitaire Wai Hun Aung, avertissant qu'il pourrait encore s'alourdir, certains corps ayant été consumés dans l'incendie provoqué par le bombardement.

Un autre secouriste qui a requis l'anonymat pour des raisons de sécurité a fait état du même bilan tandis qu'un troisième, Naing Win Lwin, 26 ans, a précisé que les équipes avaient dû "donner la priorité à ceux qui étaient encore en vie" et "laisser les morts sur place".

Il a appelé la communauté internationale à "faire pression" sur les responsables.

Des familles se sont rassemblées sur place, près d'un cimetière au milieu des champs, pour récupérer des corps, dont certains étaient recouverts de fines bâches en plastique et d'autres placés dans des cercueils en contreplaqué sous un préau.

- Rakhine, état stratégique -

L'Etat de Rakhine, largement coupé du reste de la Birmanie, compte parmi les régions les plus durement éprouvées par le conflit.

Le marché et le pont voisin, bombardés lundi, étaient depuis 2021 un important noeud commercial grâce à une voie fluviale vers l'Inde, devenue essentielle pour l'approvisionnement de la région.

Depuis 2022, première année complète de la guerre, seules dix frappes aériennes visant des civils ont fait plus de 30 morts, rappelle Su Mon, analyste au sein de l'ONG spécialisée dans l'analyse des conflits ACLED.

"C'est dans l'Etat de Rakhine que l'armée a commis le plus de tueries de masse", dit-elle, observant que "l'armée cherche à reprendre le contrôle" de cet Etat et a lancé ce mois-ci une offensive mais qui n'a jusqu'ici "produit aucun résultat sur le terrain".

L'Armée d'Arakan contrôle la quasi-totalité de l'Etat de Rakhine, sauf quelques centres urbains toujours défendus par l'armée birmane, qui dispose d'une flotte d'avions de combat de fabrication russe et chinoise.

L'aviation militaire est également accusée d'avoir commis des atrocités en prenant pour cible des civils dans des écoles, des monastères et lors de fêtes religieuses. Selon des organisations de défense des droits humains, ces attaques pourraient constituer des crimes de guerre.

Le Rakhine est stratégique en raison de sa façade sur le golfe du Bengale et de ses infrastructures portuaires et énergétiques liées à la Chine. Près d'un demi-million de personnes y ont été déplacées en raison du conflit, selon les données des Nations unies.

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