Rafles dans le sud de la France en 1943: la justice reconnaît un "crime contre l'humanité"

La justice française a qualifié mercredi de "crime contre l'humanité" les rafles menées en janvier 1943 à Marseille, dans le sud de la France, reconnaissance réclamée de longue date par des survivants et leurs descendants.

L'enquête judiciaire ouverte en 2019 n'a toutefois pas permis d'identifier des responsables encore vivants impliqués dans ces opérations, a expliqué le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, venu présenter les conclusions des investigations à Marseille.

Ces rafles ont été menées du 22 au 24 janvier 1943 sur décision des nazis, avec la collaboration active du régime de Vichy, dans plusieurs secteurs du quartier du Vieux Port, coeur historique de la ville, considérés comme "une porcherie" et un nid de résistance. Ces quartiers ont ensuite été dynamités.

Au total, 20.000 personnes ont été touchées, plusieurs milliers internées temporairement à Fréjus (sud) et 1.600 déportées.

"A l'issue de l'enquête et d'une analyse juridique menée par mon parquet, la rafle menée à Marseille, dans le quartier Saint-Jean, les 23 et 24 janvier 1943, ainsi que le pillage et la destruction du quartier dès février 1943, caractérisent indubitablement des crimes contre l'humanité", a déclaré le procureur lors d'une conférence de presse.

Les faits sont "relativement inconnus de nos concitoyens (...) alors qu'on est face à une rafle d'une ampleur absolument colossale", a ajouté M. Christen. Les exactions dans des secteurs peuplés d'une population pauvre et immigrée "visaient les habitants d'un quartier parce que considéré comme des sous-habitants, des sous-populations", a-t-il ajouté.

Les investigations de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (Oclch) ont été lancées en 2019, après une plainte d'un avocat marseillais, Pascal Luongo, à laquelle s'étaient joints 19 survivants ou descendants.

"Cette reconnaissance des crimes contre l'humanité, ça a une valeur de réparation morale", a réagi l'avocat auprès de l'AFP.

Lors de la série de rafles de l'opération dite "Sultan" menée conjointement par les autorités allemandes et françaises, près de 800 juifs, notamment du quartier de l'Opéra, ont été envoyés à la mort dans les camps d'extermination nazis.

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