Des milliers de personnes ont manifesté jeudi à Pristina contre la condamnation pour crimes de guerre de l'ancien président Hashim Thaçi, à l'occasion d'une visite de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Plusieurs manifestations ont été organisées au Kosovo depuis que M. Thaçi a été condamné, à la mi-septembre, à 25 ans de prison pour des crimes commis pendant la guerre de 1998-1999 ayant conduit à l'indépendance du Kosovo vis-à-vis de la Serbie.
Les Chambres spécialisées du Kosovo, juridiction kosovare siégeant à La Haye, ont jugé l'ex-président et trois autres anciens dirigeants de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) pénalement responsables de meurtres, d'arrestations illégales, d'actes de torture et de traitements cruels commis par des combattants de l'UCK pendant le conflit.
Les lourdes peines prononcées contre ces hommes, qui restent largement considérés comme des héros au Kosovo, ont suscité l'indignation dans ce pays des Balkans.
S'exprimant après une rencontre avec le Premier ministre kosovar Albin Kurti, Mme von der Leyen a déclaré que le mandat de la juridiction "devait être pleinement respecté".
"Les accusés ont désormais le droit de faire appel", a-t-elle déclaré à la presse, "mais une chose est claire : ce jugement porte sur la responsabilité individuelle des accusés. La résistance du Kosovo n'est pas jugée".
M. Kurti avait auparavant estimé que la décision de la juridiction comportait des "erreurs factuelles, juridiques et historiques".
Il avait également indiqué qu'il examinerait les propositions de l'opposition visant à réformer cette juridiction.
- "UE, vous nous avez trahis" -
Plus tôt, à l'arrivée de Mme von der Leyen, des chaînes de télévision locales ont diffusé des images montrant un petit groupe de manifestants tentant de bloquer sa sortie de l'aéroport, à l'aide d'un camion et d'un camion-citerne.
Munis de banderoles proclamant "UE, vous nous avez trahis" et "Aujourd'hui Thaçi, demain Zelensky", ils ont scandé le sigle albanais de l'Armée de libération du Kosovo, "UCK".
Le convoi de la présidente de la Commission européenne, placé sous forte escorte policière, a quitté l'aéroport par une autre sortie.
Plus tard, tandis que Mme von der Leyen rencontrait à huis clos des étudiants de l'université de Pristina, des milliers de manifestants se sont également rassemblés dans le centre-ville.
Les manifestants accusent la juridiction de partialité politique, lui reprochant de s'appuyer sur des éléments de preuve fournis par la Serbie, qui n'a jamais reconnu l'indépendance de son ancienne province.
La guerre du Kosovo a opposé, en 1998 et 1999, les forces serbes à la guérilla indépendantiste albanaise de l'UCK.
Le conflit, qui a fait quelque 13.000 morts, a pris fin après une campagne de bombardements de l'Otan ayant contraint les forces serbes à se retirer.
Le Kosovo a proclamé son indépendance en 2008, reconnue par une grande partie des pays occidentaux, mais toujours rejetée par la Serbie.
Les juges ont estimé que Hashim Thaçi avait participé, avec les autres accusés, à un projet criminel visant à éliminer les opposants réels ou supposés de l'UCK.

