Comme lors du premier débat, les cinq candidats à la primaire de la gauche sociale-démocrate se sont opposés jeudi soir sur le terme de "génocide" à propos de Gaza. Une controverse nourrie par des divergences de qualification entre les instances internationales.
Un point de friction entre les candidats
Olivier Faure a plaidé lors du premier débat : "Quand (le Premier ministre espagnol) Pedro Sánchez parle d'un gouvernement génocidaire, ça a du poids. Et nous avons besoin de ce poids-là pour dire +stop+ à ce massacre insupportable".
Ségolène Royal a observé : "aujourd'hui en Israël, il y a des ministres qui affirment vouloir un génocide" à Gaza.
Raphaël Glucksmann a rétorqué jeudi que "la Cour pénale internationale n'utilise pas ce mot, mais parle de crimes contre l'humanité".
"Moi mon combat, c'est que Netanyahu paye pour ses crimes, qu'il soit déféré devant la justice internationale, que le calvaire des Palestiniens à Gaza cesse, que la colonisation en Cisjordanie s'arrête", a martelé l'eurodéputé Place Publique.
Jérôme Guedj, lui, a estimé que l'utilisation du mot "participe (...), au regard de l'histoire qu'on a connue nous en Europe, à la nazification de l'Etat d'Israël, et rend moralement acceptable pour certains le principe de sa disparition".
Il a déploré que "certains à gauche disent +si vous n'utilisez pas ce mot, alors vous n'êtes pas du bon côté de l'histoire+" et "décident qui sont les purs et qui ne sont pas les purs".
Une notion juridique bien précise
Le génocide, concept forgé en 1944 par le juriste juif polonais Raphaël Lemkin, est défini juridiquement dans la convention des Nations unies de 1948 comme un "crime commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux".
Pour qualifier un génocide, il faut établir la commission d'au moins un des cinq actes constitutifs (dont "le meurtre de membres du groupe" ou la "soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle"), et l'intentionnalité de l'acte.
Des qualifications juridiques différentes
En novembre 2024, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, mais pas pour génocide.
Plus tôt, en janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ), saisie par l'Afrique du Sud, avait pour sa part appelé Israël à prévenir tout acte de génocide, mettant en garde contre un "risque réel et imminent" de "préjudice irréparable" pour les Palestiniens.
Avant une décision sur le fond qui pourrait ne pas intervenir avant plusieurs années, la CIJ a pris en janvier, mars et mai 2024 des ordonnances conservatoires exigeant notamment qu'Israël permette l'accès de l'aide humanitaire, prévienne et punisse l'incitation au génocide. Ces ordonnances sont juridiquement contraignantes mais n'ont pas été exécutées par Israël.
Une commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU, qui ne s'exprime toutefois pas au nom de l'organisation, a dénoncé de son côté à plusieurs reprises un "génocide" en cours.
Pour le maître de conférence en droit public à l'université Aix-Marseille William Benessiano, "il existe des éléments suffisamment graves pour justifier l'examen et la prévention du risque génocidaire, mais pas encore, à ce jour, une décision judiciaire définitive établissant au fond le génocide".
Dans un article publié en mars 2026 et intitulé "Génocide, le poids d'un mot, la rigueur d'un droit", il rappelle que "l'intention" est une notion centrale pour qualifier des faits de génocide. "Elle est, en droit, une intention de destruction du groupe comme groupe. La doctrine pénale internationale l'a longuement analysée, précisément parce qu'elle est le point le plus difficile à établir", écrit-il.

