Affrontements devant le parlement du Kosovo au sujet du tribunal chargé des crimes de guerre

Des affrontements ont opposé lundi la police à des manifestants devant le parlement du Kosovo, ces derniers réclamant l'adoption d'une proposition de loi visant à restreindre les pouvoirs du tribunal chargé des crimes de guerre commis dans le pays.

Le face-à-face, qui a duré plusieurs heures, s'est envenimé le soir lorsque les manifestants ont dénoncé la condamnation de l'ancien président du Kosovo, Hashim Thaçi, le mois dernier, pour des crimes de guerre perpétrés durant la guerre d'indépendance contre la Serbie dans les années 1990.

M. Thaçi et trois autres hauts responsables de la guérilla ont été reconnus pénalement responsables de meurtres, d'arrestations illégales, d'actes de torture et de traitements cruels commis par des combattants de l'Armée de libération du Kosovo (UCK).

M. Thaçi a été condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre, tandis que les autres ont écopé de peines allant de 13 à 25 ans.

Ce verdict a suscité l'indignation et des manifestations dans ce pays des Balkans, où ces hommes sont largement considérés comme des héros de la lutte pour l'indépendance.

Plusieurs centaines de manifestants ont passé une grande partie de la journée de lundi devant le Parlement, jurant de bloquer le bâtiment jusqu'à ce que les députés adoptent la proposition de loi en question.

La séance s'est cependant achevée dans la soirée sans que la proposition de loi ne soit adoptée.

Les manifestants se sont alors approchés des cordons de police pour tenter d'empêcher les députés de quitter les lieux.

Des journalistes de l'AFP ont vu les forces anti-émeutes faire usage de gaz lacrymogènes contre la foule, tandis que certains manifestants lançaient des pétards en direction des policiers.

Des poubelles ont été incendiées près du Parlement et des projectiles ont été lancés sur les agents, qui ont riposté à l'aide de canons à eau.

Les partis d'opposition et les associations d'anciens combattants critiquent depuis longtemps les Chambres spécialisées pour le Kosovo (KSC), une juridiction établie en vertu du droit kosovar mais dont le siège est à La Haye.

En vertu de la proposition de loi, les KSC ne seraient plus habilitées à juger les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis durant le conflit opposant la guérilla albanaise aux forces armées serbes.

Leurs compétences seraient limitées aux crimes commis sur le territoire kosovar dans la période ayant immédiatement suivi la guerre.

- "Précipité" -

Le texte permettrait également aux condamnés de purger leur peine au Kosovo, limiterait les peines à 15 ans de prison et ouvrirait la voie à des grâces présidentielles.

Le tribunal a été créé en 2015, sous une forte pression internationale de l'Union européenne et des États-Unis, afin d'enquêter sur les crimes commis par des combattants de la guérilla durant la guerre.

Bien qu'il fasse partie du système judiciaire du Kosovo, ce tribunal hybride siège à l'étranger, principalement pour éviter les pressions politiques et les menaces à l'encontre des témoins.

S'exprimant devant le Parlement, le Premier ministre Albin Kurti a déclaré que son gouvernement soutenait le texte en première lecture, tout en le qualifiant de "précipité" et insuffisamment "réfléchi".

Même si elle était adoptée, la loi n'aurait aucune incidence sur les peines actuellement prononcées à l'encontre de M. Thaçi et des autres accusés, qui ont déjà annoncé leur intention de faire appel via la procédure prévue par les KSC.

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