C'est l'attaque la plus meurtrière subie par l'Arabie saoudite depuis plus de dix ans : des témoins de l'explosion qui a touché samedi l'aéroport de Ryad racontent des scènes de panique et des passagers terrifiés tentant de se mettre à l'abri.
"J'ai entendu un bruit très fort, si fort que j'ai senti l'aéroport trembler. Les sirènes d'alarme ont retenti, et c'est là que les gens ont commencé à paniquer", raconte à l'AFP un homme de 32 ans qui vit à Ryad.
Il demande à rester anonyme, en raison des mesures strictes que les autorités saoudiennes ont menacé d'imposer à quiconque s'exprime sur les frappes.
"Ceux qui se trouvaient dans le terminal 3 se sont mis à courir vers nous. Certains avaient le visage en sang", poursuit-il. "D'autres avaient perdu une main ou un bras. Des gens couraient en portant des blessés. Ca m'a glacé le sang. Je ne savais pas où aller ni quoi faire".
Lui-même a été escorté avec d'autres passagers par le personnel de sécurité vers un étage inférieur, où il a attendu une heure avant d'être autorisé à quitter les lieux.
Revendiquée dimanche par les Houthis, l'attaque contre l'aéroport de Ryad a fait au moins 13 morts et plus de 300 blessés. La coalition militaire menée par l'Arabie saoudite, soutien du gouvernement internationalement reconnu du Yémen, a dénoncé un "crime de guerre", promettant d'y répondre "avec fermeté".
- "Verre dans les yeux" -
Le ministère saoudien de la Santé a activé les protocoles d'urgence et ordonné aux médecins de se rendre dans les hôpitaux de la ville, pour faire face à un afflux massif de victimes.
"Les chiffres étaient bien plus élevés que tout ce que j'ai déjà pu voir ici", témoigne à l'AFP un médecin exerçant à Riyad.
Il décrit des pèlerins en route pour La Mecque arriver avec leurs linceuls blancs tachés de sang.
"Les patients présentaient de graves blessures aux membres, et des éclats de verre plantés dans le visage et les yeux", explique-t-il. Et "au moins quatre personnes ont subi de graves crises nerveuses".
Dans le pays, le silence des autorités nationales sur l'ampleur des attaques houthies observées ces trois derniers mois inquiète la population sur l'évolution possible du conflit.
"Je veux partir d'ici", confie à l'AFP un habitant de Ryad, excédé.
Les SMS d'alerte qui, il n'y a pas si longtemps, prévenaient les résidents de frappes imminentes, sont en sourdine depuis quelques semaines.
- "Plus jamais" -
"Je comprends qu'ils ne veuillent pas semer la panique, mais qu'ils nous parlent. Une communication directe nous rassurerait", lance cet habitant.
Certains, qui ont été pris entre deux feux, jurent de ne plus mettre les pieds dans le pays.
"Je ne prendrai plus jamais l'avion via l'Arabie saoudite", assure un ressortissant indien qui devait faire une escale à Ryad, et qui a été dérouté vers Dammam, à l'est du royaume.
Il raconte avoir passé la nuit dans le terminal, avec sa femme et leur enfant, les bagages perdus et sans aucune information de la compagnie de vol.
"Il y avait au moins une dizaine d'autres personnes autour de moi, du même vol, qui ont attendu toute la nuit (...) par terre ou sur des chaises", raconte-t-il.
Une autre voyageuse se trouvait en plein vol vers Ryad lorsque l'avion a brusquement fait demi-tour vers Jeddah, provoquant l'angoisse de certains passagers.
"Nous avons paniqué", confie cette femme de 39 ans, qui assure qu'elle ne prendra plus l'avion jusqu'à la fin de la guerre.
"Plus jamais. Je ne veux pas revivre cette horreur".

