26.11.08 - TPIR/MILITAIRES II - LA DEFENSE CIVILE N'A JAMAIS EXISTE AU RWANDA (LUGAN)

Arusha, 26 novembre 2008 (FH) - Un historien français, Bernard Lugan, a affirmé mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que « la défense civile », souvent présentée comme l'un des instruments du génocide de 1994, n'avait jamais existé dans ce petit pays.
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Le professeur Lugan, qui a déjà témoigné dans d'autres affaires devant le TPIR, était cité comme expert par le général Augustin Bizimungu, ancien chef d'Etat-major de l'armée rwandaise, et le capitaine Innocent Sagahutu qui commandait un escadron blindé.

« La défense civile n'a jamais existé au Rwanda. La défense civile est un processus militaire qui fait appel à d'anciens militaires, des réservistes ou des volontaires qui vont être formés pour cela. Ce processus n'a pas existé au Rwanda », a soutenu Lugan. Pour lui, « les rondes » étaient « des mesures de sécurité » mises en place par la population et les autorités civiles. Il s'agit donc, selon lui, d'un « processus civil qui dépendait des autorités civiles».

« L'armée rwandaise va tenter sur instruction gouvernementale à la fin de mai 1994 de mettre en place une autodéfense civile mais c'est trop tard », a dit l'historien français. « Ce concept n'a jamais connu (au Rwanda) le moindre début de mise en exécution », a-t-il déclaré.

L'accusation soutient que la défense civile était un cadre de collaboration entre responsables militaires et administratifs pour s'assurer de la réussite du plan génocidaire.

Le témoin expert s'en est pris par la suite au général canadien Roméo Dallaire qui commandait la force onusienne au Rwanda pendant le génocide de 1994. Lugan, qui dispense des cours de géostratégie dans des académies militaires en France, a accusé Dallaire, tout en indiquant peser ses mots, d'avoir « failli à sa mission ».

« Le général Dallaire porte une responsabilité écrasante et il sera jugé par l'histoire. Il a présidé au plus grand échec des Nations unies », a assené l'universitaire français qui était interrogé par Me Gilles Saint Laurent, l'avocat canadien du général Bizimungu.

Selon lui, Dallaire aurait pu, face à la situation, outrepasser le mandat de l'ONU pour prévenir la reprise des hostilités et juguler les massacres.

« Un chef, un général doit se réserver ce champ d'initiative » au lieu de « s'enfermer dans un juridisme protecteur (...) Il n'était pas président de chambre, ni professeur d'université, il commandait une force internationale », a dit Lugan répondant à une question de juge président, Joseph Asoka de Silva.

L'expert poursuit son témoignage jeudi.

Le général Bizimungu et le capitaine Sagahutu sont jugés avec l'ancien patron de la gendarmerie, le général Augustin Ndindiliyimana et l'ancien commandant du bataillon de reconnaissance, le major François-Xavier Nzuwonemeye.

Jugés pour crimes de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, les 4 hommes clament leur innocence.

ER/PB/GF

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