27.11.08 - TPIR/MILITAIRES II - ALGARADE AU PROCES D'ANCIENS RESPONSABLES MILITAIRES RWANDAIS

Arusha, 27 novembre 2008 (FH) - Les esprits se sont échauffés jeudi devant une chambre du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), au début du contre interrogatoire de l'historien français, Bernard Lugan, lorsque ce dernier, écorché par le procureur Moussa Sefon sur ses antécédents, a menacé de claquer la porte du prétoire.
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« Monsieur le président, je suis un homme d'honneur ; quelles que soient les conséquences, je m'en vais », a déclaré, à voix très haute, le professeur français. M. Lugan est venu témoigner comme expert à la demande du général Augustin Bizimungu, ancien chef d'Etat-major de l'armée rwandaise et du capitaine Innocent Sagahutu qui commandait une compagnie au sein d'une unité d'élite. "Je rentre en France à mes frais, la misérable rémunération du tribunal de 4.000 dollars, j'en fais cadeau au tribunal", a-t-il enchaîné.

L'historien, « de tempérament bagarreur », selon ses propres termes, a pris la mouche lorsque Sefon a tenté de lui opposer un curriculum vitae rédigé par une association française, et qualifié de "faux" par le principal interessé.

« Ceci est un tract, un faux d'une association que j'ai fait condamner devant des chambres en France. (...) Votre attitude est l'illustration de votre méthode », a-t-il lancé à son contradicteur. L'expert a affirmé que le bureau du procureur savait bien que ce document, dont il a déjà été question dans une déposition antérieure, était un faux.

« Pourquoi M.Lugan a-t-il peur que je lui dise que ses travaux ne sont pas scientifiques ? », a demandé le représentant du procureur au milieu d'un brouhaha des avocats de la défense. «Vous êtes pitoyable. Vous êtes nul », lui a répondu le témoin, assis face à une chambre manifestement dépassée et attentive au seul respect d'un délai entre les questions et les réponses afin de permettre la traduction.

L'avocat du général Bizimungu, Gilles Saint Laurent, l'un des aînés dans la salle, a appelé tout le monde à la raison. «Je fais appel à tous et à vous Monsieur Lugan. Il est impossible de travailler dans ces conditions. Je fais un appel au calme, j'en appelle à la sagesse de la chambre », a demandé le défenseur canadien.

« Mes ancêtres n'ont pas plié devant Louis XIV, je ne peux pas plier devant le procureur », a réagi l'historien dont l'intransigeance a contraint M. Sefon à abandonner sa ligne de questions sur le document. Après une suspension d'audience motivée par un exercice des pompiers tanzaniens , les débats ont repris plus calmement, Lugan s'est excusé.

Le représentant du procureur a alors commencé par critiquer les méthodes du professeur lui reprochant de ne pas s'être rendu au Rwanda pour enquêter sur le terrain même faits qu'il analyse dans ses publications. L'universitaire, qui s'est présenté comme "le seul universitaire français a avoir étudié toutes les périodes de l'histoire de l'Afrique" a répondu être chaque jour en contact avec des gens au Rwanda .

L'une des thèses défendues par M.Lugan au premier jour de son audition mercredi est que la défense civile n'a jamais été en place au Rwanda. Le procureur allègue que la défense civile a matérialisé l'entente entre responsables civils et militaires en vue d'exterminer les Tutsis. M. Sefon devait encore le contre interroger sur ce point.

ER/PB/GF

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