02.12.08 - TPIR/BIKINDI - BIKINDI CONDAMNE POUR AVOIR INCITE AU GENOCIDE

Arusha, 2 décembre 2008 (FH) - Le chanteur rwandais Simon Bikindi, très connu dans son pays avant le génocide, a été condamné mardi à 15 ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour avoir incité au génocide après son retour au Rwanda en juin 1994.
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Le texte de certaines de ses chansons, largement diffusées pendant les trois mois au cours desquels 800.000 personnes ont été assassinées, n'a pas alourdi sa condamnation. Elles ont pourtant été jugées incendiaires par la chambre qui a considéré que son statut de musicien célèbre était une circonstance aggravante.

La chambre a notamment admis l'accusation du procureur selon laquelle trois des chansons avaient été « composées dans l'intention spécifique de diffuser une idéologie pro-hutue de même que de faire la propagande antitutsie et d'encourager la haine ethnique » mais elle a rappelé que leur composition était antérieure à 1994, année de compétence temporelle de cette juridiction des Nations unies.

Au cours cette année, ces textes ont été utilisés dans le cadre d'une campagne visant notamment à « inciter les auditeurs à prendre les Tutsis pour cible et à commettre des actes de violence contre eux ». Mais «rien ne permet de dire que Bikindi a interprété ou joué ses œuvres musicales (incriminées) en 1994 » souligne le jugement.

Par ailleurs, les juges, sans nier l'existence de liens entre le chanteur et la Radio libre des mille collines (RTLM) qui se servait de ces compositions pour appeler aux massacres des Tutsis, ne sont pas convaincus qu'il exerçait « une quelconque influence, un quelconque contrôle sur la diffusion des ses chansons » ni « qu'il était légalement tenu de mettre un terme » à cette diffusion.

Ce fils de Gisenyi (nord), la région d'où était également originaire le président Juvénal Habyarimana, a par ailleurs été lavé des accusations selon lesquelles il aurait participé à des attaques et à des meurtres dans sa région natale pendant le génocide. Plusieurs membres de famille ont suivi la lecture du jugement depuis la galerie du public. Bikindi était vétu d'une toge blanche. Il est resté impassible à l'annonce de sa condamnation.

Il a été condamné pour avoir, en juin 1994, pris la parole après son retour d'un voyage en Europe depuis une voiture sonorisée sur la route reliant Kivumu et Kayove, deux communes rurales du nord-ouest du Rwanda. Il a alors demandé aux passants s'ils "avaient tué des tutsis" appelés "serpents".

Le jugement souligne que Bikindi a usé de son aura de célèbre chanteur et de membre influent du MRND pour inciter au génocide. La chambre considère que ce statut constitue une circonstance aggravante. Aucune circonstance atténuante ne lui a été reconnue.

La défense a visiblement été surprise par cette condamnation. Interrogé peu après le jugement, Me Andreas O'Sheah, le conseil principal de la défense, s'est refusé à dire s'il ferait appel. Son client, a-t-il dit, se considère toujours comme innocent. Selon Jean de Dieu Momo, le co-conseil de Bikindi, les témoins de cette prise de parole n'auraient pas dû être considérés comme crédibles car ils ont également accusé Bikindi de la mort de plusieurs personnes assassinées quelques semaines auparavant, alors que le chanteur était absent du pays.

De son côté, le procureur en chef du TPIR, Hassan Bubacar Jallow, s'est dit satisfait du verdict de culpabilité même si cinq des six chefs d'accusation ont été écartés. Interrogé sur un éventuel recours, il a, lui aussi, répondu qu'il devait encore examiner le jugement avant de prendre une décision.

Bikindi, 54 ans, a été arrêté aux Pays Bas le 12 juillet 2001. Son procès avait démarré le 18 septembre 2006. Le procureur a amené 17 témoins et la defense 37. Les plaidoiries ont eut lieu le 26 mai dernier.

ER/PB/GF

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