27.10.08 - RWANDA/GENOCIDE - DETENTION A PERPETUITE REQUISE CONTRE L'ASSASSIN PRESUME D'UN TEMOIN

Kigali, 27 Octobre 2008 (FH) - Le procureur de la Haute Cour de la République rwandaise, M. Bonaventure Ruberwa, a requis la semaine dernière la peine maximale, réclusion criminelle à perpétuité, contre Innocent Gatete, accusé d'avoir assassiné le 23 septembre dernier un officier qui avait témoigné dans un procès pour crimes de génocide. La décision sera rendue vendredi prochain.
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Sergent de police, Innocent Gatete, appartenait à l'escorte du Ministre de la Sécurité Intérieure, Sheih Mussa Fazil Harerimana. Il est accusé d'avoir assassiné avec préméditation à Kicukiro, un quartier de Kigali, le Lieutenant François Munyemana. Cet officier était témoin à charge dans le procès pour génocide intenté contre le ministre Mussa Fazil Harerimana, devant la juridiction gacaca de secteur Biryogo, un quartier de Kigali.

Selon un ancien juge qui a souhaité garder l'anonymat, Munyemana avait donné des preuves de la responsabilité de Fazil Harerimana dans l'organisation de Fanya Fujo Uone (FFU), une milice qui a trempé dans le génocide des Tutsi de 1994. Selon lui, le Président de la juridiction avait été limogé avant la fin du procès. Peu après, le dossier avait disparu et le Ministre a été acquitté par la juridiction de cellule Gabiro, comme un simple pilleur.

Le 23 septembre à 22h00, Gatete est sorti de chez son patron sans aviser personne et a rencontré Munyemana à l'endroit où celui-ci garait sa voiture. Après une brève dispute, il l'a contraint à s'asseoir par terre, à quelques mètres de là, a armé son fusil, et, 3 minutes après, l'a abattu de 2 balles dont l'une a sectionné son aorte, a expliqué le procureur. L'accusé reconnaît avoir tiré mais affirme que cela faisait suite à une provocation. Son avocat, Me Project Kaburege y voit quant à lui un homicide involontaire.

Pour le Procureur, le fait d'avoir menti à son camarade et à ses chefs après coup, le fait qu'il se soit déguisé avant de se mêler à la foule, excluent l'idée d'une quelconque provocation. «Le temps entre la rencontre et le forfait, le choix des points mortels, cela prouve un crime prémédité plutôt qu'un acte gratuit », estime-t-il.

« Ce procès m'a rouvert les plaies. Ils l'ont tué, il y a 30 jours plus un. Et ils disent n'importe quoi ! Dommage que l'on juge le spectre du vrai assassin », soupire la jeune veuve de la victime. Un autre parent désigne tout à coup une femme : "cette grosse femme brune qui est devant le portail est une amie du Sheih, elle vient de remettre 100.000 francs (environ 100 usd) à l'avocat de l'accusé, alors qu'elle n'a aucun lien de parenté avec l'accusé ».

SRE/PB/GF

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