30.01.09 - RWANDA/GACACA - LE PROCES DU JOURNALISTE DOMINIQUE MAKELI EN REVISION

Kigali, 30 janvier 2009 (FH) - Le journaliste Dominique Makeli, acquitté le 05 octobre 2008 de crimes de génocide et  de crimes contre l'humanité, sera rejugé en révision par la même juridiction gacaca du secteur de Rugenge, dans la ville de Kigali, devant laquelle il avait comparu au premier degré.
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« Le recours en révision a été accepté, mais nous n'entendrons que les nouveaux témoins », a indiqué, sous couvert de l'anonymat, l'un des juges de cette juridiction. La date reste encore à fixer.

La révision a été demandée par deux plaignants, Samuel Nduwumwe et Richard Rango qui affirment n'avoir jamais eu l'occasion d'être entendus au procès en première instance.

 « Nous n'avons jamais été avisés de la tenue de ce procès, et, ainsi nous n'avons pas eu l'occasion de donner nos témoignages à charge», précisent-ils, dans une lettre adressée au président de la juridiction gacaca de Rugenge.

Après l'acquittement du journaliste, certaines victimes avait interjeté appel, dénonçant notamment « des irrégularités dans la procédure et la partialité des juges ».

Lors d'une audience, le 23 décembre dernier, la juridiction d'appel avait jugé le recours recevable. Mais avant d'entrer dans le fond du dossier, elle avait demandé que la partie requérante lui présente par écrit ses preuves.

Intrigués par cette exigence, les appelants ont changé de tactique.  « Nous avons compris qu'ils (les juges) nous tendaient un piège pour qu'ils aillent préparer la défense avec l'accusé, comme cela avait été le cas au premier degré. Nous avons ainsi opté pour un recours en révision, avec de nouveaux témoignages et de nouvelles preuves », a indiqué à l'agence Hirondelle, Jean Marie Vianney Karangwa, qui s'apprête à témoigner contre le journaliste.

Selon l'acte d'accusation, Dominique Makeli est poursuivi pour « incitation au génocide par le truchement de la radio nationale, réunions de planification du génocide  et attaques contre les Tutsis dans le secteur Rugenge, complicité dans l'assassinat de Tutsis à Kabgayi (centre du Rwanda)».

S'agissant du chef d'incitation au génocide, des témoins se fondent sur une émission réalisée par le journaliste en 1994. Il aurait ainsi déclaré dans cette émission, à propos de la mort du président Juvénal Habyarimana : «Le parent est mort et allé au ciel et la Vierge Marie en éprouve du chagrin ». Pour certains survivants du génocide, dont Jean de la Croix Ibambasi, il s'agissait d'un appel à tuer les Tutsis pour venger la mort du chef de l'Etat. « Qu'on ne me dise pas que Makeli est innocent », conclut ce rescapé.

A sa libération, en octobre dernier, Makeli venait de passer près de 14 ans en détention.

SRE/ER/GF

© Agence Hirondelle