20.01.09 - RWANDA/JUSTICE - UNE EX-MINISTRE CONDAMNEE A LA RECLUSION CRIMINELLE A PERPETUITE

Kigali, 20 janvier 2009 (FH) - L'ex-ministre de la Justice au sein du gouvernement intérimaire de 1994, Agnès Ntamabyariro, a été condamnée lundi  à la réclusion criminelle à perpétuité, pour crimes de génocide et crimes contre l'humanité, par le tribunal de grande instance de Nyarugenge, à Kigali, a constaté l'agence Hirondelle.
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« Après délibération, le tribunal reconnaît Madame Agnès Ntamabyariro coupable de 9 des 11 chefs d'accusation portés contre elle et la condamne à la réclusion criminelle à perpétuité », a déclare la juge Roselyne Ninahazwa, au terme du jugement dont la lecture a duré 4 heures.
 
Purgée dans l'isolement, la réclusion criminelle à perpétuité est la plus lourde au Rwanda après l'abolition de la peine capitale en 2007.
 
Le co-accusé, Jean -Léonard Hategekimana, ancien substitut du procureur, a été acquitté.
 
L'ex-ministre de la justice a été condamnée pour planification du génocide, incitation à commettre le génocide, complicité dans l'assassinat du préfet tutsi de Butare (sud), Jean Baptiste Habyarimana, associations de malfaiteurs, etc. Elle a été acquittée, en revanche, des accusations de destruction de maisons et de distribution d'armes à feu, indique ce jugement en langue rwandaise.
 
Selon de nombreux témoins à charge entendus dans l'affaire, Mme Ntamabyariro a, à plusieurs reprises, pendant le génocide, appelé aux massacres des Tutsis. Ainsi, a affirmé la juge Ninahazwa, l'ex-ministre a adressé le 14 mai 1994 à des tueurs à Kibuye (ouest), un « message de remerciement du gouvernement ».
 
Le témoignage le plus cité dans le jugement est celui de l'ancien chauffeur de la condamnée, M. Gervais Ngendahayo, selon qui, Mme Ntamabyariro prodiguait des récompenses aux tueurs, à des barrages routiers, après avoir passé en revue les cadavres des Tutsis. Passant en mai 1994 au barrage routier de Gatunda, à Kibuye, elle s'est indignée : «Je constate que vous avez tué seulement de vieilles personnes, pourquoi les jeunes vous ont-ils échappé ? », selon le jugement.
 
La juge a par ailleurs conclu à la responsabilité de l'ex-ministre dans la mise en place et le renforcement du « hutu power » au sein de sa formation politique, le Parti libéral (PL).
 
« Le Hutu Power a été à l'origine de l'autodéfense civile, comme programme du gouvernement, qui a été le fer de lance » du génocide, a dit Mme Ninahazwa. 
 
Arrêtée en Zambie en 1997 et détenue au Rwanda depuis lors, cette ancienne ministre de la justice est le seul membre du gouvernement dit « génocidaire », à avoir été jugé par un tribunal rwandais.
 
Après le jugement, Mme Ntamabyariro a annoncé son intention de faire appel.
 
Dans un entretien avec l'agence Hirondelle, son avocat, Me Gatera Gashabana, le bâtonnier de Kigali, a reproché à la juge de « ne pas avoir suffisamment pris en compte les éléments de preuve apportés par la défense » et d'avoir plutôt fondé sa décision sur « des témoignages dont la validité laisse à désirer ». Le défenseur a indiqué qu'il formulerait ses moyens d'appel après avoir reçu copie du jugement.
 
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