Près d'un an après son arrestation, l'ancien président des Philippines, Rodrigo Duterte, saura prochainement s'il sera ou non jugé devant la Cour pénale internationale pour crime contre l'humanité pour avoir commandité une guerre meurtrière contre les drogues dans son pays où, malgré cela, il jouit d'une grande popularité.
La campagne antidrogue de M. Duterte, souvent décrit comme un populiste au ton ferme et se revendiquant lui même comme un tueur, a conduit à la mort de milliers de trafiquants et de consommateurs.
A bientôt 81 ans, se décrivant dans son dossier comme "vieux, fatigué et fragile", celui qui a dirigé les Philippines de 2016 à 2022 a demandé à renoncer à son droit de comparaître lors de l'audience qui s'ouvre lundi. Il a toutefois été déclaré apte à s'y présenter par la CPI.
Tout en étant la cible de condamnations à l'étranger, des dizaines de millions de Philippins pourtant ont soutenu sa justice expéditive, alors même qu'il plaisantait sur le viol dans ses discours, qu'il enfermait ses détracteurs et qu'il ne parvenait pas à éradiquer une corruption profondément ancrée dans la société.
Cette confiance fut toutefois écornée par la pandémie du coronavirus, qui a plongé le pays dans la pire crise économique depuis plusieurs décennies, causant des milliers de morts et des millions de chômeurs alors que les vaccins peinaient à arriver.
Les difficultés de M. Duterte se sont aggravées en 2021, lorsque le procureur général de la CPI a demandé l'ouverture d'une enquête sur les crimes contre l'humanité commis dans le cadre de sa guerre contre la drogue.
Arrêté le 11 mars 2025 à Manille, il a été immédiatement transporté jusqu'aux Pays-Bas, où il est détenu depuis.
Durant son mandat, l'ancien président a dit à plusieurs reprises qu'il n'existait pas de campagne officielle pour tuer les dealers de drogues et les toxicomanes, mais ses discours comportaient des incitations à la violence.
- Sans filtre -
Il demandait notamment aux agents de police de tirer sur les personnes soupçonnées de trafic de stupéfiants si leur vie était en danger.
"Si vous connaissez des toxicomanes, allez-y et tuez-les vous-même, car il serait trop douloureux de demander à leurs parents de le faire", a déclaré M. Duterte, quelques heures après avoir prêté serment en tant que président en juin 2016.
Ses discours sans filtre font partie de son image de marginal qui a trouvé un écho dans un pays où la corruption, la bureaucratie et les dysfonctionnements influent sur la vie quotidienne.
Rodrigo Duterte, ancien avocat et procureur, est issu d'une famille de politiciens. Son père a occupé le poste de secrétaire d'État avant que le pays ne sombre dans la dictature de Marcos en 1972.
Bien qu'il ne puisse plus se présenter à la présidence depuis la fin de son mandat et malgré sa détention, il reste une figure politique majeure des Philippines
Autrefois allié de la dynastie Marcos, M. Duterte et sa fille, la vice-présidente Sara Duterte, sont désormais en conflit avec l'actuel président Ferdinand Marcos Jr.
En mai, Rodrigo Duterte a été de nouveau élu maire de Davao, son fief dans le sud du pays, mais son incarcération l'empêche d'exercer ses fonctions.
Un poste qu'il avait déjà longuement occupé avant son mandat présidentiel. En 2016, M. Duterte s'était vanté d'avoir tué lui-même des criminels présumés à Davao.
Il s'agit de l'un des trois chefs d'accusations pour crimes contre l'humanité desquels il est inculpé par la CPI, qui lui reproche d'être impliqué dans au moins 76 morts liées à sa guerre contre la drogue qui en a causé des milliers.
Dès lundi, les juges de la CPI décideront si les allégations du ministère public sont suffisamment solides pour donner lieu à un procès.
- "J'aime Xi" -
Son mandat de président a également été marqué par un éloignement de l'ancien pays colonial, les États-Unis, au profit de la Chine.
"J'aime tout simplement (le président chinois) Xi Jinping (...) alors je dirais merci à la Chine", a-t-il déclaré en avril 2018.
Dans le cadre de ce rapprochement, il a mis de côté sa rivalité avec Pékin au sujet de la mer de Chine méridionale, riche en ressources, choisissant plutôt de courtiser les entreprises chinoises.
Les promesses de milliards de dollars d'échanges commerciaux et d'investissements ne se sont toutefois pas matérialisées.

