Risque d'"ingérence" américaine dans le procès RN: "rien de tangible", selon le plus haut procureur de France

Le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz, a appelé jeudi à rester "très prudent" quant aux "risques d'ingérence américaine" dans la justice française, notamment en ce qui concerne le procès en appel du RN qui doit s'ouvrir mardi, relevant pour l'heure "rien de très tangible".

Mardi, le président du tribunal de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, avait publiquement réagi à un article de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, selon lequel l'administration américaine de Donald Trump aurait envisagé des sanctions contre les juges ayant condamné Marine Le Pen en première instance en mars dernier.

"Si de tels faits étaient avérés ou devaient se réaliser, ils constitueraient une ingérence inacceptable et intolérable dans les affaires internes de notre pays", avait mis en garde le haut magistrat.

Interrogé jeudi sur FranceInfo, le procureur général près la Cour de cassation a relevé pour sa part qu'"à ce stade, il n'y a que des bruits de presse et il n'y a rien de très tangible".

"Ce sont des propos rapportés", a-t-il ajouté, visant l'article du Der Spiegel.

Le Rassemblement national avait déjà protesté mercredi soir contre la sortie du président du tribunal de Paris, "accréditation d'une fake news", basée sur "une information extrêmement douteuse, donnée de façon anecdotique" et "au conditionnel", selon la formation d'extrême droite.

Alors que le parti, Marine Le Pen et onze autres personnes doivent être jugés en appel à partir de mardi dans l'affaire des assistants d'eurodéputés, le RN avait en outre dit craindre "que de tels propos puissent apparaître comme une pression inadmissible sur les magistrats d'appel, sur la base d'un ragot colporté par un média hostile".

Rémy Heitz a néanmoins rappelé un précédent: "un juge français à la Cour pénale internationale", Nicolas Guillou, "fait l'objet de sanctions américaines pour des décisions (...) auxquelles il a participé".

"Cela crée vraiment une très forte inquiétude puisqu'on se dit: est-ce que demain, des magistrats français qui pourraient par exemple être amenés à intervenir dans des affaires mettant en cause des intérêts américains, pourraient faire l'objet aussi de telles sanctions?", a interrogé le haut magistrat.

"C'est ce qui explique le contexte. Mais pour ce qui est très clairement du procès (du RN) à venir, là, restons sereins, restons prudents, ne faisons pas de procès d'intention à quiconque", a-t-il insisté.

En mars, Donald Trump avait comparé la condamnation en première instance de Marine Le Pen à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, 100.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité à ses propres déboires judiciaires.

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