La Cour de cassation a salué le "courage" du juge français de la Cour pénale internationale (CPI) visé par des sanctions américaines, qui a assisté vendredi à l'audience solennelle de rentrée de la plus haute instance judiciaire française.
Objet depuis août de sanctions américaines en raison de son implication dans le dossier du mandat d'arrêt visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Nicolas Guillou était l'un des invités de cette prestigieuse audience marquant le début de l'année judiciaire française, un geste fortement symbolique.
"Votre présence aujourd'hui nous rappelle à tous le courage qui doit être celui des magistrats lorsqu'ils sont amenés à prendre des décisions difficiles, tant notre époque semble vivre un retour de la force brute contre le droit", a déclaré le premier président de la Cour de cassation, Christophe Soulard, lors des salutations protocolaires de son discours.
"Plus que jamais, en ces temps troublés, nous devons nous rappeler que le droit international est une composante de l'État de droit", a ajouté le plus haut magistrat du siège du pays.
À son tour, le procureur général Rémy Heitz a apporté son "sincère soutien" au magistrat, "sanctionné pour avoir simplement exercé en toute indépendance ses éminentes fonctions".
Le monde judiciaire français est en émoi suite à un article du magazine allemand Der Spiegel fin décembre qui affirme que Washington "a envisagé des sanctions contre les juges qui avaient condamné" Marine Le Pen au printemps dernier, alors que s'ouvre mardi le procès en appel de la patronne de l'extrême droite.
De part et d'autre de l'Atlantique, des ministres ont dû monter au créneau cette semaine pour faire taire la rumeur d'une supposée pression de l'administration Trump. Le Rassemblement national a dénoncé "l'accréditation d'une fake news".
Ces inquiétudes sont nourries par des sanctions prises ces derniers mois par les États-Unis à l'encontre de magistrats étrangers, comme des magistrats de la CPI ou le juge brésilien en charge du procès de l'ex-président Jair Bolsonaro, allié de Donald Trump.
Dans le cas de ce dernier, Washington a levé mi-décembre les sanctions le visant après le vote au Brésil d'une proposition de loi qui pourrait réduire la peine de prison de l'ex-président d'extrême droite.
Ces sanctions ont notamment pour conséquence d'interdire aux entreprises américaines de fournir des services aux personnes visées, rendant leur vie quotidienne extrêmement compliquée tant celles-ci sont omniprésentes dans des domaines comme la banque ou le commerce en ligne.
"Il y a aujourd'hui à peu près 15.000 personnes physiques et morales qui sont sous sanctions aux États-Unis mais aussi en Europe. Et ce sont principalement des membres d'Al-Qaïda, de Daech, de groupes mafieux, des dirigeants de régimes dictatoriaux. Et désormais, avec eux, neuf magistrats de la CPI", racontait en octobre Nicolas Guillou lors du congrès annuel de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire).

