Des centaines de nationalistes birmans ont manifesté mardi à Rangoun contre les poursuites engagées contre leur pays devant la Cour internationale de justice pour génocide contre la minorité musulmane rohingya.
La plus haute instance judiciaire de l'ONU, basée à La Haye, aux Pays-Bas, tient actuellement trois semaines d'audiences sur la répression menée à partir de 2017 par la Birmanie à l'encontre des Rohingyas.
La Gambie, pays d'Afrique de l'Ouest à majorité musulmane, accuse le pouvoir birman de violations de la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948.
Les rassemblements publics sont rares en Birmanie, où un régime militaire est au pouvoir depuis un coup d'Etat en 2021.
Au son de tambours dans le centre de Rangoun, militants et moines bouddhistes vêtus de robes safran ont brandi des banderoles niant les accusations de nettoyage ethnique portées à La Haye.
"Nous nous rassemblons aujourd'hui pour la dignité, la vérité et la justice pour notre pays", a dit à l'AFP le militant ultranationaliste Win Ko Ko Lat avant de monter sur scène. "La Birmanie est une terre bienveillante. Il n'existe pas de génocide".
La Birmanie a toujours soutenu que la répression menée par les forces armées était justifiée pour réprimer une insurrection des Rohingyas.
Les violences ont provoqué un exode massif vers le Bangladesh voisin, où plus d'un million de Rohingyas vivent aujourd'hui entassés dans des camps délabrés.
Le militant Htein Lin a affirmé devant la foule à Rangoun que l'affaire intentée par la Gambie était "une atteinte à la souveraineté de la Birmanie".
Les audiences ont débuté le 12 janvier devant la Cour internationale de justice, mais une décision pourrait prendre des mois, voire des années.
Certains pays, dont les Etats?Unis, considèrent déjà officiellement la répression contre les Rohingyas comme un génocide, et le chef de la junte birmane, Min Aung Hlaing, a été sanctionné pour les exactions des forces armées.
Bien que la Birmanie ait longtemps été sous régime militaire, les faits se sont déroulés durant une parenthèse démocratique, lorsque le pays était dirigé par Aung San Suu Kyi.
La réputation à l'étranger de la prix Nobel de la paix 1991 a été ternie lorsqu'elle est apparue à La Haye en 2019 pour défendre les généraux contre les accusations de génocide.
Agée de 80 ans, elle est emprisonnée depuis le coup d'Etat de 2021, qui a plongé le pays dans une guerre civile.

