La CPI se penche lundi sur les crimes reprochés à l'ex-président philippin Duterte

La Cour pénale internationale (CPI) se penche à partir de lundi sur les crimes reprochés à l'ancien président philippin, Rodrigo Duterte, 80 ans, lors de sa guerre meurtrière contre les consommateurs et trafiquants de drogue dans son pays.

A l'issue de quatre jours d'audience, cette juridiction basée à La Haye déterminera si l'ancien homme fort de Manille, accusé de crimes contre l'humanité, sera jugé au cours d'un procès.

Celui qui a dirigé les Philippines de 2016 à 2022 ne sera pas présent lors de cette audience dite de "confirmation des charges", la Cour ayant approuvé vendredi sa demande de renoncer à son droit de comparaître, envoyée mercredi.

Elle avait rejeté en novembre dernier les arguments selon lesquels l'octogénaire n'était pas apte à se présenter face aux juges.

A l'issue des quatre jours d'audience, la Cour aura 60 jours pour communiquer sa décision.

Les procureurs de la CPI ont inculpé M. Duterte de trois chefs d'accusation pour crimes contre l'humanité, lui reprochant d'être impliqué dans au moins 76 meurtres liés à sa "guerre contre la drogue" qui aurait fait plusieurs milliers de victimes.

L'ancien chef d'Etat a été arrêté à Manille le 11 mars 2025, transporté par avion vers les Pays-Bas dans la nuit même et est détenu depuis à la prison de Scheveningen à quelques encablures de la mer du Nord.

- "Opérations de "nettoyage" -

Le premier chef d'accusation concerne la participation présumée de M. Duterte en tant que coauteur à 19 meurtres commis de 2013 à 2016, lorsqu'il était maire de Davao, l'une des principales villes des Philippines dans le sud de l'archipel.

Le deuxième chef se rapporte à 14 meurtres de prétendues "cibles de haute valeur" en 2016 et 2017, lorsque M. Duterte était président.

Le troisième chef porte quant à lui sur 43 meurtres commis à travers les Philippines lors d'opérations de "nettoyage" entre 2016 et 2018, visant des consommateurs ou revendeurs de drogue présumés.

M. Duterte nie les accusations, a déclaré son avocat Nicholas Kaufman à la presse, en amont des audiences.

M. Duterte "déplore et regrette la mort de personnes victimes de crimes liés à la drogue, mais il nie tout lien avec cela", a déclaré M. Kaufman.

"Il nie l'existence d'une politique visant à assassiner des suspects présumés, des suspects criminels ou des consommateurs présumés de drogue, comme l'affirme l'accusation", a ajouté l'avocat.

- Des victimes pauvres pour la plupart -

Les groupes de défense des droits humains estiment que la répression liée à la campagne antidrogue de M. Duterte a conduit à la mort de dizaines de milliers de personnes, pour la plupart pauvres, tuées par des policiers et des groupes d'autodéfense, souvent sans qu'il soit prouvé qu'elles étaient liées au monde de la drogue.

Connu pour ses déclarations sans filtre, M. Duterte s'était vanté en 2016 d'avoir tué lui-même des criminels présumés lorsqu'il était maire de Davao.

"Je le faisais personnellement juste pour montrer aux gars (la police) que si je peux le faire, vous pouvez le faire aussi", avait-il déclaré.

Pourtant, tout en étant la cible de condamnations à l'étranger, des dizaines de millions de Philippins ont soutenu sa justice expéditive.

- "Étape décisive" -

Lors de son arrestation, M. Duterte avait déclaré assumer ses responsabilités.

"C'est moi qui ai dirigé nos forces de l'ordre et l'armée. J'ai dit que je vous protégerais et que j'assumerais mes responsabilités", avait-il déclaré dans une vidéo publiée sur Facebook.

L'organisation non gouvernementale Human Rights Watch a qualifié l'audience à venir d'"étape décisive pour garantir la justice aux victimes de la +guerre contre la drogue+ aux Philippines".

"L'affaire devant la CPI reflète la détermination des victimes et de leurs familles à faire avancer la justice envers et contre tout", a déclaré dans un communiqué Maria Elena Vignoli, conseillère principale en justice internationale au sein de l'ONG.

Les Philippines ont quitté la CPI en 2019, sur instructions de M. Duterte, mais la Cour a jugé qu'elle conserve sa compétence pour les crimes présumés commis dans le pays entre 2011 et 2019.

La défense a fait appel de cette décision. L'issue est toujours en attente.

L'affaire intervient alors que la CPI fait face à d'intenses pressions politiques, notamment deux vagues de sanctions américaines imposées depuis juin 2025, et qu'elle est dépourvue de procureur en chef, Karim Khan s'étant mis en retrait en raison d'une enquête pour agression sexuelle ouverte à son encontre.

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