La Gambie a nommé mercredi un procureur spécial près de deux ans après avoir créé ce poste pour poursuivre les crimes commis sous la dictature brutale de l'ex-dictateur Yahya Jammeh.
Ce petit pays ouest-africain fait face au défi de rendre justice pour la multitude de crimes commis pendant la vingtaine d'années (1994-2017) où M. Jammeh a régné d'une main de fer.
Le ministère de la Justice a annoncé lors d'une conférence de presse la nomination comme procureur spécial de l'avocat britannique Martin Hackett, qui a travaillé sur des affaires de crimes contre l'humanité, de génocide et de contre-terrorisme, notamment aux Nations unies.
Le gouvernement gambien a endossé en 2022 les recommandations d'une commission "Vérité, réconciliation et réparations" qui s'est penchée sur les atrocités perpétrées sous l'ère Jammeh.
Parmi elles, l'exécution de 240 à 250 personnes par des agents de l'État, des disparitions forcées, des viols, des actes de torture, des détentions arbitraires, jusqu'à l'administration contrainte d'un faux traitement contre le sida.
Cette commission a recommandé de poursuivre 70 personnes, à commencer par M. Jammeh, parti en exil en Guinée équatoriale en janvier 2017 après avoir perdu l'élection présidentielle de décembre 2016 face à l'actuel président Adama Barrow.
En avril 2024, le Parlement gambien a adopté une loi visant à créer le Bureau du procureur spécial chargé de poursuivre les affaires identifiées par la commission et à mettre en place un tribunal spécial en Gambie, avec la possibilité de tenir des audiences dans d'autres juridictions.
Des élus et des associations de défense des droits civils avaient critiqué la lenteur du processus de nomination, que les responsables attribuaient à des consultations et aux procédures officielles.
L'offre pour le poste de procureur a été officiellement publiée en mai 2025.
Au cours de son mandat de quatre ans renouvelable, M. Hackett sera chargé de tenter de poursuivre les 70 personnes désignées par la Commission nationale pour la vérité, la réconciliation et les réparations (TRRC) pour des crimes commis sous le régime Jammeh, selon le ministère de la Justice.
M. Hackett est censé arriver dans le pays avant la fin du mois pour commencer son travail.
"Martin Hackett possède des références impressionnantes : il a travaillé sur des procès complexes pour crimes de guerre, des affaires de responsabilité de commandement et avec des victimes de violences sexuelles. Cette expérience revêt une importance capitale dans une affaire comme celle-ci", a déclaré dans un texte transmis mercredi à l'AFP Reed Brody, de la Commission internationale des juristes, qui a travaillé avec les victimes et les autorités gambiennes.
Le ministre de la Justice, Dawda Jallow, a déclaré que M. Hackett serait en outre chargé de présenter des rapports annuels au président, à l'Assemblée nationale, à la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et au procureur général.
En décembre 2024, la Cedeao avait elle aussi approuvé la création d'un tribunal spécial pour la Gambie, distinct de celui créé par Banjul, une juridiction hybride mise en place en collaboration avec le pays afin de juger les crimes commis sous la dictature de M. Jammeh. Ce tribunal n'a toutefois pas encore reçu de financement.
Selon Reed Brody, M. Hackett serait en mesure de décider s'il convient de juger une affaire en Gambie ou devant le tribunal soutenu par la Cedeao, une fois celui-ci mis en place.
