Complicité de crimes contre l'humanité: les investigations visant en France l'ex patron de Frontex officiellement lancées

Les investigations visant l'ancien patron de Frontex, l'agence de l'Union européenne chargée du contrôle des frontières, soupçonné en France de complicité de crimes contre l'humanité, sont officiellement lancées, a appris mercredi l'AFP de sources proches du dossier.

Le Français Fabrice Leggeri, 58 ans, a dirigé Frontex entre janvier 2015 et avril 2022. En 2024, il a rejoint le parti français d'extrême droite français Rassemblement national (RN), comme numéro 3 de sa liste pour les élections européennes.

A la tête de l'agence, le désormais député européen a régulièrement été accusé de tolérer des refoulements illégaux de migrants, s'imposant comme un défenseur de l'imperméabilité des frontières européennes.

Des associations l'accusent ainsi de complicité de crimes contre l'humanité et de torture pour avoir mené, selon les termes de leur avocat, Me Emmanuel Daoud, une "chasse aux migrants" dans le cadre de ses anciennes fonctions.

Le lancement des investigations est "mécanique", "puisque la chambre de l'instruction" de la cour d'appel de Paris "l'a ordonné", a réagi auprès de l'AFP la défense de Fabrice Leggeri. "Nous avions appris la décision de la cour d'appel par la presse et attendons de voir ce que donnera l'information judiciaire avant de nous exprimer", a-t-on ajouté.

Une plainte avait été déposée en 2024 par la Ligue des droits de l'homme (LDH) et Utopia 56. Mais celle-ci avait été considérée irrecevable par le Parquet national antiterroriste (Pnat), compétent en matière de crimes contre l'humanité, puis par un juge d'instruction.

Toutefois, en mars 2026, la chambre de l'instruction avait estimé qu'il y avait "lieu à informer sur les faits tels qu'ils résultent de la plainte avec constitution de partie civile de la LDH", avait précisé à l'AFP une source judiciaire.

Cette plainte accuse M. Leggeri d'avoir "encouragé" ses agents à faciliter les interceptions d'embarcations de migrants par les autorités libyennes et grecques.

Elle lui reproche d'avoir "fait le choix d'une politique visant à faire obstacle, quel qu'en soit le prix - en vies humaines notamment - à l'entrée des personnes migrantes au sein de l'UE".

Le lancement de l'enquête "va permettre d'investiguer complètement sur la complicité, ou pas, de Frontex et de son directeur de l'époque, avec les crimes commis par les garde-côtes grecs et libyens", a réagi mercredi Me Emmanuel Daoud, l'avocat de la LDH, rappelant que "plusieurs milliers de personnes" ont été refoulées en Libye, les exposant à des "viols et des tortures" .

Quelque 82.000 migrants sont morts ou portés disparus depuis 2014, principalement en Méditerranée (34.000), route migratoire la plus meurtrière au monde, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Un nombre sous-estimé, d'après la Mission d'appui de l'ONU en Libye (Manul) et du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme (HCDH), qui dans un récent rapport a pointé du doigt les "violations graves" subies par les personnes migrantes "détenues arbitrairement dans des centres de détention officiels et non officiels" en Libye.

Les moyens maritimes de surveillance de Frontex ont progressivement été remplacés par des moyens aériens, pour détecter plus tôt les embarcations et faire intervenir les garde-côtes libyens plutôt que les garde-côtes italiens ou maltais, dénoncent les ONG.

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