Human Rights Watch (HRW) affirme dans un rapport rendu public mardi qu'une société de sécurité basée à Abou Dhabi "semble avoir recruté des contractants militaires privés (CMP) colombiens déployés au Soudan pour combattre aux côtés des FSR" entre 2024 et 2025.
Au Soudan, la guerre civile qui oppose depuis avril 2023 l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a fait des dizaines de milliers de morts - certaines estimations faisant état de plus de 200.000 décès -, déplacé des millions de personnes et déclenché ce que l'ONU qualifie de pire crise humanitaire au monde.
"Ce rapport vient s'ajouter à un ensemble croissant d'éléments documentant les efforts des Émirats arabes unis (EAU) pour fournir une assistance militaire aux FSR, ce que les Émirats nient catégoriquement, et dont la mise à disposition de CMP colombiens n'est qu'un volet", note HRW.
Ce dispositif de recrutement est piloté, selon HRW, par la société émiratie Global Security Services (GSSG) et une myriade d'entreprises en Colombie et au Panama.
GSSG est "autorisée à travailler pour le gouvernement émirati et est liée à la famille dirigeante et à de hauts responsables", affirme le rapport qui a notamment établi que les contractants formés aux Emirats "ont voyagé vers le Soudan par un réseau complexe de sociétés en apparence privées et de points de transit, en empruntant un pont aérien reliant plusieurs pays".
Une enquête de l'AFP parue en décembre avait révélé le parcours de centaines d'anciens soldats colombiens, attirés au Soudan par des salaires mirobolants.
Un responsable du gouvernement émirati a déclaré à l'AFP que le pays "ne permet pas que son territoire soit utilisé pour le recrutement, la formation, le financement ou le transit de combattants étrangers à destination d'un quelconque conflit, Soudan compris". Et que "toute personne ou entité" qui agirait de la sorte "ferait l'objet d'une enquête pénale".
Mais selon Juanita Goebertus, directrice de HRW pour les Amériques, les Emirats arabes unis "sont un gouvernement autoritaire, extrêmement centralisé" et "les questions de sécurité sont contrôlées" par l'Etat.
Selon l'ONG de défense des droits humains, "depuis le début du conflit, les FSR ont commis de graves violations et abus dans tout le pays, notamment des exécutions extrajudiciaires massives, des viols, des viols collectifs, l'esclavage sexuel, des pillages et la destruction d'infrastructures civiles".
Et "la fourniture par les EAU d'un soutien militaire aux FSR, notamment le recrutement et l'acheminement de CMP par le biais d'une société agissant comme mandataire pourrait constituer une aide et une complicité, ou une contribution substantielle, à la perpétration par les FSR de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité".
Human rights watch appelle "les alliés des EAU et les membres des conseils de sécurité de l'ONU et de l'Union africaine (UA)" à "demander publiquement aux autorités émiraties de mettre immédiatement et d'urgence fin à la fourniture d'armes, d'équipements, de personnel et d'autres formes d'assistance aux FSR".

