De nombreux villages soudanais ont été dévastés dans une série d'attaques des paramilitaires au Darfour, près de la frontière tchadienne, et des milliers de personnes déplacées, selon les Nations unies et deux survivants.
En guerre contre l'armée depuis avril 2023, les Forces de soutien rapide (FSR) ont été accusées d'avoir perpétré de multiples massacres à l'encontre de populations non-arabes comme les Zaghawa, vivant dans l'Etat du Darfour du Nord.
Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies, plus de 3.500 personnes du seul village de Wadi Fungo, dans la localité d'Oum Barou, ont été contraintes de fuir vendredi.
Issa Ibrahim, 35 ans, qui habite dans la zone, a décrit à l'AFP l'assaut de dizaines de véhicules des FSR.
"Ils ont tiré sur les maisons et les ont brûlées, les gens mouraient dans la rue sans que personne ne puisse les enterrer", rapporte celui qui a depuis conduit sa femme et ses enfants au Tchad, de l'autre côté de la frontière.
"Nous avons traversé deux villages réduits en cendres. Les corps gisaient à même le sol".
Mohamed Adam, 43 ans, a perdu deux de ses frères dans une autre attaque: les combattants "ont incendié les maisons et tué ceux qui n'avaient pu fuir".
Les deux rescapés ont témoigné auprès de l'AFP lundi, après avoir atteint la ville frontalière d'Al-Tina, utilisant une connexion internet satellite pour contourner la coupure des moyens de communication.
L'année dernière, les FSR ont conquis El-Facher, dernier bastion de l'armée soudanaise au Darfour, dans une attaque qui, selon une enquête de l'ONU, présente "les signes distinctifs du génocide" pour avoir principalement ciblé la communauté Zaghawa.
"Des crimes contre l'humanité" et un "nettoyage ethnique" ont été commis durant cette attaque, a confirmé l'ONG Amnesty International dans un récent rapport.
Depuis, les paramilitaires continuent leur percée vers l'ouest, attaquant les enclaves contrôlées par l'armée soudanaise et ses alliés, une coalition de groupes armés dont les chefs et combattants sont principalement issus du peuple Zaghawa.
Depuis le début de la guerre, l'Onu, les ONG de défense des droits humains et des témoins ont rapporté à de nombreuses reprises les crimes de guerre commis par les FSR, comme des sièges et des destructions de camps de déplacés, des violences sexuelles systématiques et des massacres fondés sur l'appartenance à une ethnie.
Les paramilitaires des FSR sont issus de l'ancienne milice Janjawid qui, financée et armée par Khartoum, a tué plus de 300.000 personnes au Darfour dans les années 2000.
L'armée soudanaise a elle aussi été accusée de crimes de guerre contre des civils et de ne pas avoir su protéger les villes et camps de déplacés du Darfour face à la violence du camp adverse.
Cette guerre, qui a fait plus de 200.000 morts selon certaines estimations d'organisations humanitaires, a engendré ce que l'ONU qualifie de pire crise humanitaire au monde.

