Les autorités de l'État régional éthiopien du Tigré, qui se préparent à un nouveau conflit avec le gouvernement fédéral d'Éthiopie, recrutent de force des hommes, dont des mineurs parfois âgés d'à peine 15 ans, rapporte Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié lundi.
Dans l'ensemble de la région, des hommes et des adolescents sont embarqués, dans la rue, sur leur lieu de travail ou parfois chez eux, lors de raids nocturnes au cours desquels les forces locales de sécurité acquises au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le parti qui gouverne l'État régional depuis 35 ans, passent de maison en maison, explique l'ONG de défense des droits humains.
Mi-juin, l'AFP avait fait état d'une campagne de recrutement forcé menée par les autorités régionales du Tigré, citant des témoignages de jeunes hommes ayant réussi à s'échapper de camps d'entraînement où ils avaient été emmenés contre leur gré, ou ayant préféré fuir leur ville, voire la région, pour échapper aux rafles.
"La campagne de recrutement forcé menée par les autorités tigréennes (...) crée un climat de peur à travers la région" du Tigré, constate Laetitia Bader, directrice adjointe pour l'Afrique de HRW, dans un communiqué.
Dans un rapport publié le 4 juin, l'ONG éthiopienne Human Rights First-Ethiopia avait déjà dénoncé des "recrutements militaires forcés (...) dans la plupart des zones du Tigré" ces derniers mois, citant 27 témoins.
Depuis le début de l'année, les autorités de la région avaient exhorté, parfois via des lettres ou des coups de téléphone, les anciens combattants des "Forces de défense du Tigré" (TDF) à rempiler, avant de voter une loi instituant une conscription obligatoire et accordant de larges pouvoirs aux forces locales pour enrôler les réfractaires, selon HRW.
Le TPLF et le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed se sont affrontés entre 2020 et 2022 au cours d'un des conflits les plus meurtriers de ces dernières décennies dans le monde, qui a fait au moins 600.000 morts, selon l'Union africaine, marraine d'un accord qui a fait taire les armes.
Mais les tensions ont depuis resurgi et les deux camps s'accusent mutuellement de préparer une nouvelle offensive. Des combats ont été signalés en janvier ainsi que de récents nouveaux mouvements de troupes.
Le TPLF a nié tout recrutement forcé.
Mais un ancien combattant, parvenu à s'échapper, a indiqué à HRW avoir été arrêté chez lui par des hommes portant des uniformes des TDF, et emmené de force dans un commissariat avec une quinzaine d'hommes dont "quatre ou cinq avaient environ 16-17 ans".
La Commission éthiopienne des droits de l'Homme (EHRC), une institution publique indépendante, a récemment dénoncé le recrutement forcé au Tigré "de jeunes, dont des mineurs, de déplacés ou de malades mentaux".
Elle critique aussi une législation récemment adoptée par les autorités tigréennes destinée à "recruter de force".
Entrée en vigueur le 24 juin, elle prévoit que tout Tigréen est "obligé de répondre à l'appel du service militaire" et "donne pouvoir aux forces de sécurité d'arrêter et fouiller tout individu, n'importe où et quand", s'insurge l'EHRC, soulignant que quiconque s'oppose à cette nouvelle mesure ou la critique risque jusqu'à 25 ans de prison.
La légitimité des autorités qui dirigent actuellement le Tigré n'étant pas reconnue en Ethiopie, cette conscription est menée "par un groupe armé non étatique et est donc susceptible d'être considérée comme (...) un crime de guerre", écrit l'EHRC.

