Dans la maison natale d'Hitler, l'Autriche ouvre un commissariat

L'Autriche inaugure officiellement mercredi un poste de police flambant neuf situé dans la maison natale d'Adolf Hitler à Braunau-an-Inn, espérant rendre ainsi l'édifice moins attractif comme lieu de rassemblement néonazi, après des décennies de polémique.

La bâtisse, nichée dans une rue commerçante au coeur de la petite ville proche de la frontière allemande, est désormais méconnaissable après de coûteux travaux - 20 millions d'euros - entamés en 2023, avec trois ans de retard sur le calendrier initial.

Le bâtiment où le dictateur a vu le jour le 20 avril 1889 remonte au XVIIe siècle et il a été surélevé par le cabinet d'architectes autrichien Marte. Son crépit jaune a été remplacé par une sobre façade blanche.

Au-dessus de l'entrée trône un logo de la police et sur le trottoir se trouve toujours une pierre commémorative portant l'inscription "Pour la paix, la liberté et la démocratie. Plus jamais le fascisme. Des millions de morts nous le rappellent".

Ce qui devrait, espèrent les autorités, clore un long et délicat feuilleton, dans un pays souvent critiqué pour avoir tardé à reconnaître sa responsabilité dans la Shoah, durant laquelle 65.000 Juifs autrichiens ont été tués et 130.000 contraints à l'exil.

Cette réflexion sur le passé nazi intervient alors que l'extrême droite continue de progresser dans les enquêtes d'opinion.

Selon un sondage publié dimanche par le quotidien Kronen Zeitung, le parti FPÖ, fondé par d'anciens nazis et qui siège dans l'opposition, recueille 38% des intentions de vote, contre près de 29% lors des dernières législatives en septembre 2024.

- Expropriation -

La maison de naissance d'Adolf Hitler appartenait à la même famille depuis 1912.

Elle a d'abord été louée à partir de 1972 par l'Etat autrichien, qui y a installé un centre pour handicapés, catégorie de la population victime du IIIe Reich.

Alors que l'adresse attire régulièrement des néonazis, la dernière propriétaire, Gerlinde Pommer, a opposé son veto à toute transformation du bâtiment puis contesté, par tous les recours possibles, son expropriation.

Il a fallu le vote d'une loi spéciale pour que l'intérêt général prime en 2016. Trois ans plus tard, la Cour suprême autrichienne a validé l'achat pour 810.000 euros des 800 mètres carrés au sol.

Concernant l'avenir du bâtiment, plusieurs options ont alors été étudiées. Une commission d'experts a décidé de ne pas en faire un lieu de mémoire, afin d'éviter qu'il ne devienne un aimant à néonazis.

Une démolition a également été exclue, l'Autriche devant se confronter à son passé, de l'avis des historiens.

Sans faire l'unanimité, la décision est tombée: ce sera un commissariat de police, pour "montrer clairement", selon le gouvernement, qu'aucune commémoration du national-socialisme n'y est possible.

Toutefois, cela n'a pas mis fin à la polémique.

"Cette transformation ne découragera pas un seul néonazi tenté par le pèlerinage", a réagi auprès de l'AFP Robert Eiter, du Comité autrichien de Mauthausen (MKÖ), une association de rescapés du camp de concentration autrichien.

Quant à la "neutralisation" du lieu par les forces de l'ordre, il se dit "sceptique".

"Sans vouloir généraliser, on constate malheureusement régulièrement qu'une partie de la police penche très, très à droite".

Inscrivez-vous à notre newsletter
Chaque fin de semaine (sauf exceptions), notre newsletter vous est délivrée par e-mail. Elle contient l'ensemble de nos contenus publiés depuis la précédente édition. Parfois nous en profitons pour annoncer un événement ou une publication majeure à paraître. Et c'est gratuit.