L'ONG Human Rights Watch (HRW) a alerté mercredi sur les procès de masse menés au Nigeria contre des jihadistes présumés, estimant que de nombreuses condamnations ont été prononcées sur la base d'éléments de preuve fragiles, dont certains obtenus sous la contrainte.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, lutte depuis 2009 contre une insurrection jihadiste, au cours de laquelle les groupes armés et les forces de sécurité sont accusés de graves violations des droits humains.
Les procès de masse visant des centaines de jihadistes présumés, parfois après plusieurs années de détention provisoire, "continuent de cibler principalement des suspects de second rang et soulèvent d'importantes préoccupations quant au respect du droit à un procès équitable", a indiqué HRW dans un nouveau rapport.
Selon l'ONG, plus de 500 accusés ont comparu devant la Haute Cour fédérale d'Abuja en seulement quelques jours en avril, puis de nouveau en juin.
Les audiences de juin, concernant environ 600 accusés, constituaient la dixième phase d'une série de procès de masse que le gouvernement présente comme nécessaire pour lutter contre le "terrorisme".
Mais de nombreuses condamnations ont été obtenues uniquement sur la base d'aveux de culpabilité, avec peu ou pas d'autres éléments de preuve à l'appui, a affirmé HRW.
Dans plusieurs dizaines d'affaires examinées par l'organisation, les chefs d'accusation étaient "dans certains cas vagues et dépourvus d'informations essentielles, comme la date précise et les détails de l'infraction présumée".
Le recours massif aux aveux de culpabilité fait craindre que certaines personnes soient confrontées à une accumulation d'accusations afin de les pousser à reconnaître au moins certaines infractions moins graves, estime HRW.
Cela soulève également la possibilité que les crimes les plus graves, notamment ceux pouvant relever de crimes de guerre, ne fassent pas l'objet de poursuites judiciaires appropriées.
En réponse au rapport, le directeur des poursuites publiques du ministère nigérian de la Justice a affirmé que l'Etat cherchait à concilier la nécessité de combattre le "terrorisme" avec le respect "des droits constitutionnels de chaque personne".
Les affaires liées au "soutien matériel" à des groupes armés semblent par ailleurs avoir visé des personnes ayant vécu sous le contrôle des jihadistes, alors que toute opposition à ces groupes pouvait leur coûter la vie.
Dans un cas cité par HRW, un accusé a plaidé coupable d'avoir élevé des chèvres pour Boko Haram. Son avocat, qui demandait la clémence du tribunal, a affirmé qu'il avait été "contraint de travailler pour Boko Haram après l'invasion de son village par le groupe".
Il a été condamné à 25 ans de prison.

