16.04.2004 - TPIR/MUHIMANA - ACCUSATIONS DE VIOL LES PLUS GRAVES DE l'HISTOIRE DU TPIR

Arusha 16 avril 2004 (FH)- Depuis le début de son procès le 29 mars, l'ancien conseiller municipal de Gishyita (province de Kibuye, ouest du Rwanda), Mikaeli Muhimana dit "Mika" fait face aux plus graves accusations de viol jamais entendues par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Les dix témoins des faits cités à ce jour par le procureur ont tous déclaré avoir vu l'accusé violer, ou avoir été victimes de ses actes.

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l'ancien responsable local agissait seul ou de concert avec D'autres, ont ils allégué.

"Mika m'a violée à plusieurs reprises (en avril 1994). J'étais alors âgée D'environ 15 ans", a indiqué par exemple le témoin protégé "AQ". La soeur aînée du témoin aurait été elle aussi plusieurs fois violée par l'accusé.

Le témoin AP, pour sa part, a déclaré que Muhimana a violé et tué deux jeunes filles tutsies au cours de la même période. Avant D'ordonner leur mise à mort, il les aurait livrées en spectacle, toutes nues.

Des accusations similaires ont été portées contre lui par le témoin AW. D'après sa déposition, Muhimana et le maire de Gishyita, Charles Sikubwabo, ont violé à tour de rôle l'institutrice tutsie Félicita Kankuyo avant D'ordonner à des miliciens de la violer à leur tour et de la tuer. "Après le viol, ils lui ont enfoncé des branches dans le sexe jusqu'à ce que mort s'en suive", a allégué témoin.

Avant Muhimana, D'autres personnes ont été accusées de viols devant le TPIR, "mais c'est la première fois qu'une chambre du Tribunal entend, D'affilée, des accusations de viol aussi graves. Les accusations sont graves, par l'âge des victimes, leur nombre et par la haine et le mépris qui ont accompagné le crime allégué", selon un observateur.

Le procureur général du TPIR, le Gambien Hassan Bubacar Jallow, soutenait, à l'ouverture du procès, que l'ex- responsable administratif "a violé, violenté et a sexuellement abusé des femmes dans un but génocidaire.".

Selon l'Association rwandaise des veuves du génocide (AVEGA), 25% des femmes qui ont survécu au génocide ont été violées et plus de la moitié D'entre elles sont séropositives.

Dans la législation rwandaise, les personnes coupables de viol pendant le génocide sont passibles de la peine de mort. Au TPIR, la peine maximale est la prison à perpétuité.

Mika Muhimana, 54 ans, répond de quatre chefs daccusation : génocide, ou alternativement, complicité dans le génocide et crimes contre l'humanité (viol et assassinat). Il plaide non coupable.

ER/AT/GF/FH (MH''0416A)