07.04.2004 - TPIR/MILITAIRES I - UN EX-OFFICIER BELGE DE LA MINUAR TEMOIGNE DANS LE PROCES DES MILIT

Arusha, le 7 avril 2004 (FH) – Un ancien officier de la Mission des Nations-Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) a comparu mercredi pour le compte du parquet dans le procès de quatre officiers supérieurs des ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Le lieutenant-colonel Franck Claeys est arrivé pour la première fois au Rwanda le 26 octobre 1993 dans une mission d’évaluation qui devait préparer la participation de la Belgique à la force onusienne.

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L’officier belge avait été affecté comme officier chargé des renseignements militaires au sein de la MINUAR, dont le déploiement avait coïncidé avec son arrivée au Rwanda.

Claeys a déclaré qu’en janvier 1994, la MINUAR était entré en contact avec « un informateur » du nom de Jean-Pierre qui devait lui fournir des informations importantes ».

A partir du 10 janvier 1994, la force onusienne avait entamé une série de consultations avec « l’informateur » en question. D’après ce dernier, les responsables politiques et militaires avaient concocté « un plan » visant l’élimination des Tutsis.

Un groupe de gens devaient suivre une formation para-militaire « pendant environ trois semaines », dont l’objectif était tel que « ils étaient en mesure de tuer 1000 Tutsis toutes les vingt minutes », a affirmé l’officier belge.

L’ex-commandant de la MINUAR, le général canadien à la retraite Roméo Dallaire a évoqué le même plan au cours de sa déposition à charge en janvier. Ses propos avaient été corroborés en février par son compatriote et ex-aide camp au sein de la force onusienne, le major Brent Beardsley.

Selon Claeys, la ville de Kigali avait été divisée en vingt cellules, avec des responsables dans chaque secteur qui devaient exécuter ce « plan de défense de Kigali ».

L’instruction aurait été donnée par des responsables de l’ex-parti présidentiel, le MRND (Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement), dont le témoin n’a pas précisé l’identité.

Le rôle allégué de l’armée
Du point de vue l’informateur, il paraissait pour l’armée difficile de fournir des armes aux partis politiques (pro-Hutus) « en raison du contrôle de la MINUAR ».

Des caches d’armes avaient cependant pu être localisées à différents endroits de Kigali, a poursuivi Claeys, avec l’aide de l’informateur. Ces armes auraient été transportées par l’armée qui devait ensuite les distribuer pour servir à l’exécution du plan.

Le témoin a affirmé que la MINUAR avait visité le siège du MRND et y avait trouvé des sacs d’armes contenant « plus ou moins 50 fusils de type G3 et AK47 »

La force de l’ONU avait confiance en la fiabilité de l’informateur « parce qu’il n’a jamais réclamé d’argent. Il a simplement sollicité une protection pour lui et sa famille », a assuré l’officier belge.

Selon le témoin, le général Dallaire avait, par le biais d’un télégramme envoyé le 11 janvier 1994, dénoncé ce plan auprès de ses supérieurs hiérarchiques à New York, qui n’y avaient pas donné suite.

Lors du contre-interrogatoire, la défense de l’ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, un des accusés dans ce procès, a soutenu que « la MINUAR avait une attitude pro-Tutsie ».

Claeys a rectifié en disant qu’il y avait plutôt un sentiment anti-belge au sein de la population rwandaise, ajoutant que même la presse (locale) en faisait état.

Le témoin a par ailleurs concédé qu’il n’a pas lui-même vu le stock d’ armes qui aurait été cachés dans le local du MRND, avouant que cette information lui avait été « rapportée » par un compagnon d’armes.

Présenté par le parquet comme le « cerveau » du génocide, Bagosora est co-accusé avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, ainsi que l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze. Tous plaident non coupable.

Communément appelé « Militaires I », ce procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté des juges russe Serguei Egorov et fidjien Jai Ram Reddy.

En raison de l’absence du juge Mose, présent au Rwanda pour les commémorations du génocide, le juge Reddy préside les débats en vertu de l’article 15 bis du règlement.

Le lieutenant-colonel Franck Claeys devrait achever sa déposition jeudi.

GA/CE/GF/FH (ML’’0407A)