31.03.2004 - TPIR/MUHIMANA - MUHIMANA AURAIT VIOLE ET TUE DEUX JEUNES FILLES TUTSIES

Arusha, le 31 mars 2004 (FH)- Un témoin a affirmé mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que l'ancien conseiller municipal en commune Gishyita (province Kibuye, ouest du Rwanda), Mika Muhimana, avait violé, puis tué deux jeunes filles tutsies le 7 avril 1994.

Dénommé "AP" pour dissimuler son identité, c'est le deuxième témoin à charge dans ce procès qui a commencé le 29 mars.

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"Mika est arrivé chez mon beau-père dans la soirée et il est reparti avec deux jeunes filles en disant qu'il allait les mettre à l'abri", a indiqué Mme AP, expliquant que l'accusé était "un ami de la famille." Le témoin a ajouté qu'il avait suivi Muhimana pour lui demander de cacher également ses enfants et que c'est à ce moment précis qu'il l'a vu introduire les deux filles dans sa maison.

Mme AP a indiqué qu'alors qu'elle se trouvait à l'extérieur de la maison de Muhimana, elle a entendu les deux filles crier en priant l'accusé de ne pas les violer.

Le témoin a indiqué qu'environ une heure après, l'ancien conseiller municipal a fait sortir ces filles. "Elles étaient complètement nues et pouvaient à peine marcher. Mika a alors appelé un groupe de jeunes gens et leur a demandé de venir et de voir à quoi ressemblent des femmes tutsies", a déclaré AP. Le témoin a ajouté qu'un milicien a frappé une des jeunes filles à la tête et elle s'est évanouie.

"J'ai immédiatement couru pour mettre ma famille à l'abri" a poursuivi le témoin. "Quand nous fuyions à travers les collines, nous avons rencontré le bourgmestre (maire), Charles Sikubwabo, qui a tiré sur nous, tuant mes trois filles", a dit le témoin. Seuls deux enfants du témoin ont survécu.

Le témoin avait auparavant allégué que Muhimana et Sikubwabo avaient tué Nkundiye et Mulindahabi, deux fonctionnaires tutsis en charge de l'agriculture en commune Gishyita. Leur mise à mort a eu lieu au bureau de la commune.

Le témoin a déclaré qu'après l'annonce de la mort du président Habyarimana, elle a conduit ses vaches à Bisesero, parce qu'elle pressentait qu'il y aurait des violences dans sa localité. "Un policier est venu et m'a arrêté sur ordre de Mika, déclarant qu'en éloignant mes vaches, J'avais perturbé la sécurité et créé la panique au sein de la population", a dit Mme AP.

Mme AP a indiqué qu'elle avait relâchée dans l'après-midi du même jour. A la sortie de la prison, elle a déclaré avoir vu deux hommes en train D'être battus par la foule. "Mika a levé une massue et a frappé un des hommes sur la tête en disant 'voici comment on tue un Tutsi'", a dit le témoin.

Mika Muhimana, 54 ans, répond de quatre chefs D'accusation: génocide, ou dans l'alternative, complicité dans le génocide, et crimes contre l'humanité (viol et assassinat). Il plaide non coupable.

Le procureur affirme que Muhimana a participé à des viols et à des massacres de Tutsis notamment dans les églises de Mubuga et de Mugonero et dans les collines de Bisesero. Il est également accusé D'avoir distribué des armes qui ont été utilisées durant le génocide anti-tutsi de 1994.

Son procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par la juge pakistanaise Khalida Rashid Khan, assistée du Kenyan Lee Gaciuga Muthoga et du Ghanéen Emile Francis Short. Mercredi dans l'après-midi, le témoin sera contre-interrogé par l'avocat de Muhimana, le professeur James Nyabirungu Mwene Songa (République démocratique du Congo).

AT/KN/GF/FH(MH''0331A)