30.03.2004 - TPIR/MILITAIRES I - LES BELGES ETAIENT ASSIMILES AUX OPPOSANTS RWANDAIS EN 1994, SELON

Arusha, le 30 mars 2004 (FH)- Un témoin du parquet entendu par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a affirmé mardi que les Belges étaient assimilés aux personnalités politiques de l'opposition après l'attentat contre le président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994.

Le témoin protégé "LN" est le quarante-neuvième cité par le parquet dans le procès de quatre hauts gradés des ex-Forces armées rwandaises (FAR) accusés de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

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Le témoin était militaire affecté à la compagnie médicale du camp Kanombe en 1994.

Il a affirmé qu'au lendemain de la mort du président, une réunion de hauts officiers présidée par l'ancien directeur au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, un des accusés dans ce procès, aurait conclu qu'il fallait tuer les Tutsis complices de "l'ennemi", les opposants et les Belges.

"Les Belges étaient [dès lors] assimilés aux politiciens de l'opposition", a affirmé M.LN. Il a cependant admis que cette information lui avait été rapportée par un compagnon D'armes.

Dix casques bleus belges qui assuraient l'escorte du premier ministre Agathe Uwilingiyimana ont été tués par des éléments de l'armée rwandaise le 7 avril 1994 à Kigali. Mme Uwilingiyimana a été également assassinée le même jour ainsi que D'autres figures de l'opposition.

Bagosora est notamment poursuivi pour assassinat des dix casques belges et de Mme Uwilingiyimana.

Un autre accusé, le major Aloys Ntabakuze, qui commandait le bataillon para-commando de Kanombe en 1994, aurait quant à lui déclaré que la guerre allait changer de face avec la mort de Habyarimana. Selon le témoin, Ntabakuze aurait déclaré à ses hommes qu'il fallait non seulement combattre les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR) mais aussi lutter contre tous les Tutsis considérés comme leurs complices.

Ntabakuze aurait par ailleurs mis ses troupes en garde contre l'argent et la femme tutsie. Il leur aurait en outre demandé D'éviter des pillages car tous les biens devaient leur revenir après avoir éliminé "l'ennemi".

Au début de sa déposition, LN a déclaré qu'en 1992 Ntabakuze avait commencé à dispenser des cours "D'idéologie politiques" au camp Kanombe. l'objectif, a-t-il dit, était de définir "l'ennemi", entendu comme la rébellion à dominante tutsie et leurs complices de lintérieur.

Bagosora et Ntabakuze sont co-accusés avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat- major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi et l'ancien commandant de la
région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva.

Tous plaident non coupable. La déposition de LN se poursuivra mercredi. Il sera contre-interrogé par la défense.

GA/AT/GF/FH (Ml''0330B)