20.02.2004 - TPIR/MILITAIRES I - NTABAKUZE A ETE TEMOIN DES MASSACRES MAIS N’A RIEN FAIT POUR LES AR

Arusha, le 20 février 2004 (FH) – Un témoin du parquet entendu par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a affirmé vendredi qu’en avril 1994, l’ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze, a assisté à des massacres au lieu dit Kabeza à bord de son véhicule « sans rien faire ».

Le 45è témoin à charge dénommé « AH » pour des raisons de sécurité déposait dans le procès dit « Militaires I » où Ntabakuze est co-accusé avec trois autres hauts officiers des ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR), dont l’ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora.

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« Des soldats de la Garde Présidentielle (GP) sont arrivés, ils ont pris d’assaut le quartier résidentiel [de Kabeza, Kigali] avant de tirer sur les gens », a expliqué le témoin, situant l’incident au 7 avril 1994.

A cette occasion, Ntabakuze aurait circulé dans ce quartier à bord de son véhicule, « en voyant tout, sans rien faire », a allégué AH, ajoutant que l’accusé était escorté par six éléments de son unité d’élite.

AH a en outre déclaré avoir été témoin de l’assassinat de dix casques bleus belges dans la matinée du 7 avril, alors qu’il était en faction au quartier général de la force onusienne de maintien de la paix à Kigali.

D’après le témoin, six soldats belges ont été tués par des éléments de la GP, et quatre par un militaire du bataillon de reconnaissance.

Un commandant nommé Nubaha aurait essayé de stopper le massacre sans succès, ses ordres ayant été ignorés.

En contre-interrogeant, le conseil français de Bagosora Me Raphaël Constant, a jeté le doute sur la présence du témoin au lieu du crime.

Les dix casques bleus belges ont été assassinés au camp Kigali par des éléments des FAR.

L’avocat a relevé des dissimilitudes entre les déclarations de AH et celles des témoins précédents, s’agissant notamment de la présence sur les lieux des casques bleus ghanéens.

Ntabakuze et Bagosora sont co-accusés avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, et l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva.

Accusés d’être les principaux architectes du génocide rwandais qui a fait près d’un million de mort entre avril et juillet 1994, tous plaident non coupable.

La présente session prendra fin le 27 février et devrait reprendre le 29 mars. La représentante américaine du procureur Barbara Mulvaney a indiqué qu’elle entend clôturer sa preuve avant le 7 mai, après avoir cité moins de cent témoins dont elle n’a pas précisé le nombre.

Le procureur a déjà modifié plusieurs fois l’échéance de sa preuve à charge dans ce procès considéré comme l’un des plus importants dont le TPIR est saisi.

Entamé en avril 2002, il se déroule devant devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté des juges russe Serguei Egorov et fidjien Jai Ram Reddy.

Les débats reprennent lundi prochain.

GA/SV/CE/GF/FH (Ml'0220A)