16.02.2004 - TPIR/MILITAIRES I - KABILIGI AURAIT FELICITE UN OFFICIER POUR AVOIR TUE DES TUTSIS

Arusha, le 16 février 2004 (FH) - Un témoin du parquet a affirmé lundi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée rwandaise, le général de brigade Gratien Kabiligi, avait félicité un capitaine pour avoir capturé et tué des Tutsis en avril 1994.

Le témoin "DY", ainsi dénommé pour des raisons de sécurité, dépose dans le procès dit " Militaires I" dans lequel Kabiligi est coaccusé avec trois autres hauts gradés des ex-Forces armées rwandaises (FAR).

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Membre du bataillon de reconnaissance en 1994, le témoin, un Tutsi, assurait l'escorte du général Kabiligi en 1994.

M. DY a rapporté que le capitaine Jean Morgan Hategekimana avait appelé Kabiligi pour l'informer qu'il avait capturé un " Inyenzi", (terme péjoratif pour désigner des Tutsis) nommé Mudenge, qui était au sein des FAR. "Qu'attendez-vous ? J'arrive", aurait déclaré Kabiligi en recevant cet appel. Mudenge aurait par la suite été assassiné avec neuf autres Tutsis, " à un kilomètre du camp Kigali".

Le témoin a situé ces faits entre les 15 et 20 avril 1994.

En arrivant sur les lieux, Kabiligi y aurait rencontré, outre Hategekimana et ses deux gardes du corps, une trentaine de miliciens Interahamwe armés. Il se serait alors exclamé en disant : " félicitations, c'est comme ceci que nous devons faire la chasse aux Inyenzi".

l'accusation soutient qu'en prélude au génocide, et durant les massacres de1994, les Tutsis étaient perçus comme des ennemis complices du Front patriotique rwandais (FPR, l'ex-mouvement rebelle à actuellement au pouvoir).

Le sous-lieutenant Mudenge avait été emprisonné en 1990, accusé D'être en intelligence avec le FPR, a dit le témoin. Il a été alors rayé de l'armée, puis réintégré deux ans plus tard par un gouvernement de coalition.

M.DY a par ailleurs allégué qu'en 1994, Kabiligi se déplaçait en divers endroits de Kigali où des Tutsis étaient tués par des militaires et des miliciens, sans les en empêcher.

l'avocat franco-togolais de Kabiligi, Me Jean Degli, a relevé des contradictions entre les déclarations antérieures du témoin et sa déposition devant la chambre, mettant en doute sa crédibilité. M.DY a répondu que ce sont des enquêteurs du TPIR " qui ont mal consigné mes propos.".

Me Degli a en outre fait valoir qu'en tant que Tutsi, le témoin n'avait jamais été inquiété par son client. l'avocat a en outre suggéré qu'en 1990 Mudenge avait été arrêté après une bagarre avec des civils et avait été ultérieurement déclaré coupable de viol.

Kabiligi est co-accusé avec l'ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, considéré par le parquet comme le "cerveau" du génocide, l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, ainsi que l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté des juges russe Serguei Egorov et fidjien Jai Ram Reddy.

Le contre-interrogatoire de DY, 43ème témoin de l'accusation, se poursuivra mardi.

GA/AT/GF/FH (Ml''0216A)