03.02.2004 - TPIR/BUTARE - l'EX-MINISTRE NYIRAMASUHUKO AURAIT ORDONNE DES VIOLS

Arusha, le 3 février 2004 (FH)- Un témoin a allégué mardi que l'ancienne ministre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, aurait ordonné aux miliciens Interahamwe de "violer toutes les femmes et les filles tutsies et de tuer le reste", en 1994.

Dénommé "QBQ" pour assurer son anonymat, le témoin est le vingt-cinquième sur la liste du procureur dans ce procès qui a commencé le 13 juin 2001 devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

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Nyiramasuhuko est coaccusée avec cinq autres personnes pour les crimes commis à Butare (sud du Rwanda) entre avril et juin 1994.

Nyiramasuhuko est non seulement la seule femme inculpée par le TPIR, mais également la seule à être poursuivie pour viols en tant que crime contre l'humanité devant une juridiction internationale.

Le procureur l'accuse D'avoir encouragé des violences sexuelles dans le cadre D'une attaque systématique et généralisée contre des civils "en raison de leur appartenances politique, ethnique ou raciale."

Parmi ses coaccusés figurent son fils, Arsène Shalom Ntahobali, un ancient étudiant à l'Université nationale du Rwanda (UNR).

Le témoin QBQ, une femme tutsie rescapée des massacres de Butare, a déclaré que Nyiramasuhuko avait appelé à l'élimination des Tutsis qui s'étaient réfugiés au bureau de la préfecture. "Qu'est ce que ces serpents font encore ici. Pourquoi n'enlevez vous pas cette saleté?", aurait lancé l'ancienne ministre, les mains sur ses hanches.

Nyiramasuhuko était accompagnée de son fils Shalom Ntahobali, des miliciens armés et D'un ancien préfet dont le témoin n'a pas donné le nom.

Deux anciens préfets de Butare, Sylvain Nsabimana et Alphonse Ntezilyayo, ainsi que deux anciens maires, celui de Ngoma Joseph Kanyabashi et celui de Muganza Elie Ndayambaje, sont coaccusés avec Nyiramasuhuko et son fils. Ils plaident non coupable.

Nyiramasuhuko aurait, dans la foulée, ordonné aux Interahamwe de "violer toutes les femmes et les filles tutsies et de tuer le reste". Mme QBQ a indiqué qu'immédiatement après cet ordre, il y a eu des viols collectifs de femmes, des enlèvements et des massacres.

Atteinte de SIDA
Mme QBQ a ensuite révélé qu'elle a été personnellement violée plusieurs fois par des miliciens et qu'elle est atteinte de SIDA. "Ma vie a été détruite", a indiqué le témoin qui s'exprimait en sa langue maternelle le kinyarwanda. Elle a ajouté qu'aujourD'hui elle marche avec des béquilles.

"Mais maintenant quand je raconte mes malheurs, je me sens soulagée", a poursuivi Mme QBQ.

Le témoin, qui était femme de ménage en 1994, a accusé Nyiramasuhuko et son fils D'avoir dirigé des groupes qui chassaient les Tutsis.

Interrogée par l'avocate canadienne de Nyiramasuhuko, Me Nicole Bergevin, au sujet du nombre de femmes violées, le témoin a déclaré qu'il était difficile D'en estimer le nombre mais qu'elles étaient "nombreuses". Elle a affirmé que toute femme qui tentait de résister aux Interahamwe était immédiatement tuée.

Le procès du groupe Butare se déroule devant la deuxième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge tanzanien William Hussein Sekule , assisté des juges malgache Arlette Ramaroson et ougandaise Solomy Balungi Bossa.

AT/KN/GF/FH (BT''0203A)