11.12.2003 - TPIR/MILITAIRES I - NTABAKUZE AURAIT APPELE SES SOLDATS A VENGER LE PRESIDENT HABYARIMA

Arusha, le 11 décembre 2003 (FH) - Un témoin du parquet a déclaré jeudi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze, avait appelé ses soldats à en découdre avec "l'ennemi" qui venait D'assassiner le président Juvénal Habyarimana dans la nuit du 6 avril 1994.

Le président Habyarimana a trouvé la mort lorsque son avion a été atteint par un missile au dessus de l'aéroport de Kigali.

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Cet attentat a déclenché le génocide anti-tutsi et les massacres D'opposants qui ont fait un million de morts en trois mois.

Ancien membre du bataillon de reconnaissance, le trentième cinquième témoin de l'accusation, dénommé "XAP" pour préserver son anonymat, a affirmé que peu après cet attentat, Ntabakuze a rassemblé ses hommes et leur a déclaré: "Le président Habyarimana est mort, vous savez que c'est l'ennemi, que ce sont les Tutsis qui l'ont tué, vous devez le venger".

A la suite de l'appel lancé par l'accusé, des tirs auraient été entendus toute la nuit dans les quartiers Kajagari et Remera dans la ville de Kigali. "Le lendemain, beaucoup de personnes avaient été massacrées", a relaté le témoin, ajoutant que certains militaires se sont "vantés" D'avoir tué des Tutsis.

Selon XAP, Ntabakuze aurait livré aux miliciens un des militaires du bataillon para-commando qui avait tenté de cacher des Tutsis.

Au début de sa déposition, le témoin avait indiqué avoir suivi, au cours de l'année 1993, une formation politique de trois mois, dont le but consistait à "définir l'ennemi". Le témoin a déclaré que l'ennemi était la population tutsie. Des militaires opposés à cette formation auraient été radiés de l'armée, selon le témoin.

Ntabakuze est co-accusé avec trois autres hauts gradés des ex-Forces armés rwandaises (FAR). Il s'agit de l'ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat-major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, et l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva.

Ils sont poursuivis notamment pour entente en vue de commettre le génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Tous plaident non coupable.

Les avocats de Ntabakuze avaient sollicité le report du contre-interrogatoire du témoin au motif qu'il évoque "des éléments de preuve nouveaux", mais ils ont été déboutés par les juges.

Ce procès dit "Militaires I" se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté des juges russe Serguei Egorov et fidjien Jai Ram Reddy. Le contre-interrogatoire de XAP se poursuivra vendredi.

GA/AT/GF/FH (Ml'1211A)