04.12.2003 - TPIR/GOUVERNEMENT I - LE DR RWAMAKUBA AURAIT FAIT MASSACRER DES REFUGIES DANS UN HOPITA

Arusha, le 4 décembre 2003 (FH) -Le Dr André Rwamakuba aurait fait massacrer des réfugiés tutsis à l'hôpital universitaire de Butare (sud du Rwanda) où il pratiquait en 1994, a affirmé un témoin jeudi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Poursuivi avec trois anciens responsables de l'ex-parti présidentiel dans le cadre du procès dit "Gouvernement I", André Rwamakuba a été nommé ministre de l'enseignement primaire et secondaire dans le cabinet en place pendant le génocide D'avril à juillet 1994.

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Dénommé "CEA" pour dissimuler son identité, le quatrième témoin de l'accusation, une femme tutsie, a affirmé qu'il s'était réfugié à l'hôpital universitaire de Butare peu après le déclenchement des massacres le 7 avril. De nombreux tutsis s'étaient abrités dans des tentes dressées dans l'enceinte de l'hôpital, a dit Mme CEA.

Le témoin, qui avait été blessé lors D'une attaque survenue dans sa localité, a déclaré qu'il avait décidé de se rendre à l'hôpital, pensant qu'il allait être soigné.

Mme CEA a allégué que le médecin qu'elle avait trouvé sur place, le Dr Geoffrey Gatera, aurait refusé de la traiter, au motif qu'elle était Tutsi.

Le Dr Rwamakuba serait arrivé sur les lieux dans les jours qui ont suivi et déclaré que les réfugiés tutsis sont des complices des assassins du président Juvénal Habyarimana tué le 6 avril 1994. "l'hôpital universitaire ne pouvait abriter cette saleté", aurait-il indiqué.

Rwamakuba serait revenu le lendemain "pour demander à chacun sa carte D'identité afin de distinguer les Hutus des Tutsis".

Le témoin a ajouté que "si on trouvait quelqu'un sans carte D'identité, il était automatiquement identifié comme Tutsi. Les Tutsis étaient chargés dans des véhicules et transportés quelque part pour les tuer".

Mme CEA a affirmé que Rwamakuba "supervisait ceux qui chargeaient les gens dans des véhicules en compagnie du Dr Gatera".

Le Dr Geoffrey Gatera a été condamné à mort pour génocide par un tribunal rwandais.

Selon le témoin, "certains réfugiés étaient assommés à coup de hache à l'intérieur de l'hôpital-on sortait alors des cadavres- tandis que D'autres étaient conduits à Nyange dans la commune Nyaruhengeri"(sud de Butare). Rwamakuba et Gatera avaient choisi la commune de Nyaruhengeri, parce que les fosses communes à proximité de l'hôpital universitaire étaient pleines, selon le témoin.

"Il y a eu plusieurs tours, parce que les réfugiés étaient très nombreux. ", a dit Mme CEA.

Le témoin a par ailleurs allégué qu'il aurait vu Rwamakuba, au sortir de la salle D'opération, tenant entre ses mains une liste D'étudiants, de médecins et de professeurs tutsis à la faculté de médecine, qu'il fallait débusquer et tuer. Rwamakuba aurait ordonné aux infirmières de les dénicher.

Rwamakuba et Gatera auraient par la suite assassiné deux étudiants tutsis à coup de haches.

Dans sa déclaration à l'ouverture de ce procès le 27 novembre dernier, le procureur avait affirmé que Rwamakuba, à l'hôpital universitaire, "s'est rendu D'un pavillon à l'autre pour désigner les Tutsis aux Interahamwe qui les ont ensuite tués. Il circulait avec une hache à la ceinture, alors qu'il aurait dû se munir D'un stéthoscope ou D'un thermomètre".

Le témoin CEA a en outre accusé Rwamakuba D'avoir ordonné que des blessés tutsis soient remis aux militaires invalides de guerre, afin qu'en les tuant, "ils se remontent le moral".

A la question de la représentante tanzanienne du procureur, Holo Makwaia, de savoir s'il pourrait identifier Rwamakuba aujourD'hui, le témoin a répondu:"je ne le connaissais pas bien même avant. Peut-être que je ne le reconnaîtrais pas" aujourD'hui.

Rwamakuba boycotte ce procès depuis son ouverture, alléguant "la manipulation de son dossier" par le procureur. Jeudi, il n'était pas non plus dans la salle D'audience.

l'avocat anglais, Me David Hooper, qui représente Rwamakuba, a entamé, à huis clos, le contre-interrogatoire du témoin CEA.

André Rwamakuba est jugé conjointement avec Mathieu Ngirumpatse, président de l'ex-parti présidentiel, Edouard Karemera, le vice-président, et Joseph Nzirorera, le secrétaire général. Rwamukuba appartenait au Mouvement démocratique républicain (MDR, opposition).

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sénégalaise Andrésia Vaz et comprenant en outre la juge italienne Flavia Lattanzi et la juge camerounaise Florence Rita Arrey.

AT/GF/FH (GV'1204A)